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29.8.17

Le problème avec toute cette histoire de littérature du réel, en prise avec le réel — et que sais-je encore ? —, ce n’est évidemment pas le réel lui-même qui, contrairement à ce que d’aucuns ont tendance à croire, ne demande rien à personne et dont, pour tout dire, il n’est même pas certain qu’il existe réellement (un comble), mais que l’écrivain (ou le philosophe, l’artiste, etc., c’est du pareil au même) soit sommé de répondre à certaines questions, d’aborder certaines thématiques, qu’il n’invente dès lors plus rien, qu’il ne fasse qu’obéir à des injonctions. Quand on demande que pensez-vous de la radicalité ? qu’avez-vous ressenti aux soirs des attentats ? l’islam, c’est bien ou pas ? et ainsi de suite, il est évident (en tout cas, il me semble évident) que rien ne peut sortir des réponses. On ne fait que s’inscrire dans un ensemble de thématiques préexistantes (précédentes, en quelque sorte) et sur lesquelles, paradoxalement, on n’a pas de prise, que d’autres ont déjà défini avant qu’on prenne la parole et sur lesquelles on est simplement sondé. Ce sont ces thématiques qui forment le réel en prise avec lequel il faut être et sur lequel, en fait, on n’a nulle prise. Ainsi, les livres (les œuvres, plus généralement) ressemblent-ils toujours plus à des catalogues de réponses à des enquêtes d’opinion. On a renoncé à l’originalité comme si elle n’existait pas. D’une part, en l’assimilant avec l’avant-garde, c’est-à-dire des mouvements artistiques alors même que les mouvements sont déjà des imitations. D’autre part, en lui opposant une parodie ricanante et systématique. L’originalité est devenue une idée d’arrière-garde. On préfère les gloires mondialisées, les démarches marketées, le recyclage appuyé d’idées toujours plus vieilles (forcément, le temps passe, pas l’arrière-garde, toujours aussi fraîche), les formations diplomantes, les ateliers, les cursus à l’individu qui, dans sa singularité, refuse d’être lui-même comme on attend de lui qu’il le soit, mais qui devient quelqu’un, quelque chose, un je-ne-sais-quoi, un presque-tout. Or, cette originalité, la singularité de celui qui devient, c’est tout ce qu’il reste pour espérer déranger l’organisation méthodique de la domination intellectuelle, la sculpture du paysage médiatique, l’arasement de la pensée, la ressemblance des styles.

Tout ce que tu ratures supprimes pour te sauver de toi-même. Donc de ton époque.

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