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30.8.17

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Je viens de me réveiller. Ce n’est pas une façon de parler, non, cet après-midi, je me suis endormi. Ce n’est pas ce que j’avais prévu de faire, à supposer que dormir ce soit faire quelque chose, mais j’ai sombré. Une première fois, puis une deuxième, quand j’ai décidé qu’il valait mieux que j’aille m’allonger, il ne sert à rien de lutter contre ce qui va se produire de toute façon, maintenant, ce soir, ou à tout autre moment, me suis-je dit, autant s’alanguir, s’oublier, se fondre dans le lit. Peut-être suis-je tombé dans le trou du zéro de Robert Walser que j’étais en train de lire, peut-être ai-je trop bien écouté la leçon que Jacob von Gunten fait au pasteur de l’Institut Benjamenta : « Et celui-là, qui est-ce ? Le pasteur Strecker. Le pasteur Strecker, ce bonhomme long et sec qui est chargé de l’enseignement religieux ? Diable, mais oui, c’est lui-même. “Vous dormez, monsieur le pasteur ? Bon, bon, continuez. Il n’y a pas de mal à cela. Vous ne faites que perdre du temps à enseigner la religion. Voyez-vous aujourd’hui [RW écrit en 1909], la religion n’a plus aucune valeur. Le sommeil est plus religieux que toutes vos doctrines. C’est peut-être encore en dormant qu’on est le plus près de Dieu. Qu’en pensez-vous ?” » Moi, je ne sais pas ce qu’il faut en penser. Tout ce que je sais, pour cet après-midi, c’est que je me suis laissé prendre dans la prose faussement naïve de Walser, j’ai été pris par ses vertus lénifiantes et je suis tombé dans le trou du zéro. C’est ce qui arrive, je suppose, avec les histoires de Walser : on commence par la trouver étrange, cette histoire de zéro tout rond (« je serai plus tard un ravissant zéro tout rond », écrit Jacob von Gunten, au début de son journal), ou peut-être même un peu bête, comme ça avait été mon cas, et puis on tombe dedans, on est aspiré par le vide, le néant, le trou du zéro. Et parfois, aussi, parfois, on s’endort. C’est ce qui vient de m’arriver, mais je n’ai pas rêvé, non. Tant pis. Ou non. Tant mieux, je crois que si j’avais rêvé, j’aurais été tenté de tirer de ce rêve quelque récit fantastique qui m’aurait empêché de voir où j’avais passé tout ce temps en dormant. Dans le o du zéro de Robert Walser. Mais en suis-je seulement sorti ?

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