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16.9.17

Hier, j’ai parlé un long moment au téléphone avec Marguerite. Et c’est vrai que c’est agréable de parler avec un être humain. Ce n’est pas que je n’aime pas parler aux gens, c’est plutôt que, souvent, je ne sais pas quoi dire, avoir une conversation banale me demande des efforts disproportionnés, je réfléchis avant de parler et, du coup, je ne sais plus quoi dire ou, au contraire, je raconte n’importe quoi. C’est ce qu’explique Brice Parain à Anna Karina dans Vivre sa vie : penser paralyse. Socrate le savait d’ailleurs, qui avait découvert un pouvoir qui lui permettait de sortir sa pensée de lui-même et de paralyser les autres avec. Ce pouvoir s’appelle la torpille, comme le poisson. Bien sûr, Socrate savait que les pensées n’étaient pas dedans, penser c’est dialoguer, disait-il, toujours. Sauf que ce n’est pas toujours facile de parler aux autres, de leur dire quelque chose. Ce n’est pas que les mots ne parviennent pas à dire ce qu’on a à dire, non, mais c’est très compliqué, en fait, de dire quelque chose. Écrire des livres, c’est encore le meilleur moyen de dire ce qu’on a à dire — ou plutôt : de découvrir ce qu’on a à dire —, mais encore faut-il qu’on te lise. Nous avons parlé de ça, aussi, hier, avec Marguerite, du succès et de l’insatisfaction. Je lui disais que mon insatisfaction, je l’orientais vers mes livres, pour tâcher de toujours faire quelque chose que je n’ai pas encore fait, pas vers l’insuccès (relatif ou réel). De toute façon, les gens trouvent toujours des raisons de se plaindre, même quand ils ont du succès, mais ils ne se plaignent jamais de faire toujours la même chose alors que c’est ça, vraiment, qui est insupportable, de faire un livre, pas de l’écrire, c’est-à-dire d’avoir une certaine technique pour produire de la culture. Quand je commence un livre, je ne sais pas ce que je vais faire, quelque chose se passe qui déclenche l’écriture du livre, que je suis ensuite. Le premier texte de l’histoire de la forêt est toujours dans l’histoire de la forêt mais ce qu’était l’histoire de la forêt quand ce seul texte la composait n’a que peu de rapport avec ce qu’est désormais l’histoire de la forêt, et je n’imaginais pas en écrivant ce premier texte ce que serait l’histoire de la forêt, et je crois que je peux dire que c’est ça, pas un plan, pas un projet, tout le contraire, justement, l’imagination : quelque force imprévisible qui arrive et qui dure.

Animaux-électriques-8

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