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15.9.17

Aujourd’hui, j’ai lu sur le fil d’actualités en continu du site du journal Libération qu’un magazine français avait écrit aux 577 députés de la norme RF pour leur demander ce qu’ils pensaient de Rihanna et ce, dans le but de savoir, je cite de mémoire mais je cite quand même, s’ils sont en phase avec la société dans la mesure où ladite Rihanna est une star et donc ce sur quoi la société se phase. Où, par suite, ce n’est pas ce que disait le fil d’actualités, qui était plutôt d’accord, non, c’est moi qui le dis, où, par suite, être en phase avec la société est synonyme d’uniformité. Un peu plus tard, après avoir lu deux chapitres du Voyage à haute voix, dont celui où Bardamu prend le bateau pour aller en Afrique et sauve sa peau en chantant la gloire de la France dans une dithyrambe de la dernière des lâchetés, j’ai regardé 2 ou 3 choses que je sais d’elle de Godard. C’est le troisième film de Godard que je regarde en une semaine, et je crois que c’est cette espèce de produit malheureusement pas biodégradable du tout qui est sorti ces jours-ci sur (un livre qu’une de ses compagnes a écrit plusieurs décennies après à propos de) Godard qui m’a paradoxalement donné envie de regarder des films de Godard, mais bien évidemment pas son truc-là, je ne sais pas comment dire, avec des images comme on en voit à la télé. Le film de Godard s’achève sur ces phrases :

J’écoute la publicité sur mon transistor. Grâce à eSSo, je pars tranquille sur la route du rêve, et j’oublie le reste, j’oublie Hiroshima, j’oublie Auschwitz, j’oublie Budapest, j’oublie le Vietnam, j’oublie le SMIG, j’oublie la crise du logement, j’oublie la famine aux Indes. J’ai tout oublié sauf que, puisqu’on me ramène à zéro, c’est de là qu’il faudra repartir

, phrase que Godard prononce en chuchotant, comme toutes les phrases du film qu’il dit en voix-off, ou en narrateur plutôt. Je ne sais pas pourquoi il avait choisi de chuchoter dans ce film, pour marquer justement le ton de la confidence qu’il s’apprête à faire pour dire les deux ou trois choses qu’il sait d’elles (Marina Vlady, Juliette Jeanson, la banlieue parisienne) ? peut-être, pour qu’on tende l’oreille et qu’on l’écoute par contraste avec le bruit assourdissant qui règne dans la banlieue parisienne et dans le film (sauf quand le montage coupe le son et que le plan est montré en silence) ? sans doute. On peut trouver ces phrases exagérées, excessives, marquées par une idéologie qui date désormais, mais on ne peut pas les trouver obsolètes, non, on ne peut pas dire qu’elles datent. En fait, ce qui est fascinant dans le film de Godard, c’est que nous vivons toujours la même époque, mais à un stade plus intensifié de la domination de la consommation de masse. Les réponses à la question du magazine français n’ont évidemment aucun intérêt, mais la question, elle, oui, parce qu’elle dit le monde dans lequel nous vivons, un monde toujours plus uniformisé, mais toujours plus violent en même temps. Un monde (comme on dit dans les pubs à la télé, on aime ce genre d’anaphores dans les pubs à la télé) dans lequel un mode de vie s’est imposé qui est devenu le seul mode de vie possible, où l’imagination est combattue avec rigueur par tous ceux qui ont voix au chapitre, parce que l’imagination, c’est ce qui permet de voir les choses différemment, de se mettre dans la peau de l’autre, dans toutes les peaux de tous les autres, de faire des choses que personne n’avait jamais faites — avant, de changer, c’est-à-dire : de se changer soi-même, c’est-à-dire : de tout changer.

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