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21.9.17

Depuis cet été, je suis obsédé par une chanson que Reynaldo Hahn a composée sur un poème de Verlaine, l’heure exquise. Je l’ai entendue pour la première fois dans la voiture, où nous écoutions la radio en allant à la plage, Daphné, Nelly, et moi. Et la mélodie est obsédante, en effet, qui s’insinue en moi comme un narcotique puissant et délicieux. J’ai appris le poème par cœur. Mais l’obsession s’étend. Ce matin, avant la manifestation, je suis allé chez Gibert acheter un volume de poésies de Verlaine. J’ai trouvé les œuvres poétiques complètes en pléiade pour 16 euros 60. La vie est merveilleuse parfois. Avant le passage de la manifestation, je lis quelques poèmes saturniens et qu’au firmament, où l’ouragan erre, rugit le tonnerre formidablement. Et dire que certains voudraient bannir les adverbes de la littérature. Scandaleusement. Pendant le passage de la manifestation, je lis un livre pour le prix (le dernier pour établir mon classement) que, contre toute attente, je trouve bien. Je note : C’est bien. J’ai l’impression de m’encanailler en lisant un tel livre. Du coup, le classement est chamboulé, même si je n’ai pas le sentiment d’avoir autre chose à dire à propos de ce livre que cette note laconique. La manifestation a passé, et je ne comprends toujours pas pourquoi les gens manifestent. L’appel à la rue a quelque chose d’insupportable, absurde logique du rapport de force qui n’offre aucune perspective dans une France qui n’existe plus depuis longtemps (le grand remplacement que certains croient voir se dessiner à l’horizon a déjà eu lieu, quand les Français et les Européens ont été remplacés par des sous-Américains), qui n’est plus rien et dont on peut dès lors faire n’importe quoi, la vendre, la démanteler, refourguer ses habitants à qui en voudra. Évidemment, à ce moment-là de mon semblant d’argumentation, je devrais dire que tout ce qu’il reste de la France, c’est la langue, les écrivains, mais qui peut encore y croire ? Sérieusement. Tu écris dans un dialecte (c’est ce que je me dis, les jours comme aujourd’hui, où il fait beau, mais où l’air est vicié) que plus personne ne parlera dans cinquante ans. La majorité des livres sont déjà écrits dans une langue qui se calque toujours plus sur l’américain. Bientôt, plus personne n’écrira dans ce patois. Tout le monde parlera un globenglish qui ne fera jouir personne, mais maintiendra tout le monde dans un état de léthargie paradoxale ; on aura toujours des sensations, mais elles n’auront plus le moindre sens. Et après ? Eh bien, après, ce sera pire. Inéluctablement. Et puis, j’ai écrit un poème. En français.

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