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25.9.17

La France éternelle avait déjà un goût de pourri, mais sa version numérique, actualisée en temps réel, est carrément dégueulasse. La France qui perd deux fois les guerres, la première à la bataille, la deuxième après avoir tenté de sauver sa peau vendue à un prix pathétique, et qui comme tous les perdants éclate bouffi d’orgueil, se croyant magnifique, essaie toujours de savoir ce qu’il s’est passé, 75 ans et quelque après. Il est peut-être temps de prendre sa retraite, non ? Dans les ruelles de Paris ou sur les autoroutes de l’information, c’est pareil, on guerroie pour savoir c’est quoi, la France, comme si ça intéressait encore quelqu’un, tout le monde a bien compris que la question se posait toujours dans les mêmes termes : c’était quoi, la France, et là, tous les prétextes sont bons pour se couper en deux, grands coups de phrases assassines coupantes comme des couteaux à beurre, mais il n’en faut pas plus pour se déchirer. Mais déchirer quoi ? Oh, pas grand-chose, un petit bout d’os sur lequel traîne encore un morceau de viande défraîchie. C’était quoi, la France ? Qui ça intéresse encore ? C’était quoi, la France ? La partie de la patrie qui collabore ou la partie de la patrie qui s’enfuit ? Les deux, mon capitaine Dreyfus. Bon, du coup, il est peut-être temps de passer à autre chose, non ? Non. Passer à autre chose, ce serait accepter de devenir autre chose, et avant il faut avoir des idées, précisément, ce qui est insupportable, au-dessus des forces du petit pays qui s’agite en montrant son nombril du doigt — Regardez, regardez, moi aussi, j’en ai un ! —, les cerveaux sont ramollis dans la patrie des droits de l’homme et des animaux, dans le meilleur des cas, on imite bien, on singe l’outre-mer atlantique, mais dans tous les autres, c’est plat, on continue de parler, c’est vrai c’est vrai, il paraît que les coqs, eux aussi, après qu’ils ont perdu la tête, continuent de gambader comme si elle trônait encore au sommet de leur anatomie.
— Fuir, c’est encore ce qu’il a de mieux, c’est ce que je pense.
— Qu’est-ce que tu fais encore là, alors ?
— J’attends le bon moment.
— Pour quoi faire ?
— Ne pas revenir.

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