comment 0

27.9.17

Pénultime journée parisienne. Je ne sais pas si ce n’est pas une erreur de quitter Paris. Et je ne sais même pas si cette question (est-ce une erreur de quitter Paris ?) a un sens quelconque. Ce que je sais, en revanche, c’est que, hier, après la délibération du prix, une discussion s’est entamée à propos de Paris, de sa saleté, des touristes qui pissent dans les rues de Montmartre, des voies sur berges fermées à la circulation, de la pollution entraînée par déviation sur le boulevard Saint-Germain, du problème des transports en commun, et à un moment, je me suis senti sur le point de dire que ce n’était plus mon problème parce que j’allais quitter Paris, mais je ne l’ai pas fait, non, j’ai pensé aussitôt à quoi bon ? ce qui est une façon radicale de se débarrasser des mauvaises idées, je n’ai donc rien dit parce qu’après tout, cela m’est apparu clairement à ce moment-là, c’est déjà du passé pour moi et qu’une ville, ce n’est jamais que ce qu’on en fait, si on n’a plus rien envie d’en faire, ce n’est plus rien — du tout. J’ai fait comme je faisais en classe quand mes camarades se lançaient dans des débats que je trouvais oiseux, comme je crois que j’ai toujours fait depuis : j’ai posé mon menton sur mes mains, j’ai écouté en souriant et en regardant les gens, et j’ai attendu qu’on parle d’autre chose. Mais en décrochant à l’instant même la dernière estampe du mur, j’ai pensé : c’est fini Paris, avec une pointe de nostalgie, je crois, mais qui ne doit rien à Paris elle-même — disons que, même s’il y a, en effet, plus de magasins et d’institutions culturelles à Paris qu’ailleurs en France (mais, soit dit en passant, parce qu’on n’en a pas toujours bien conscience dans ce petit pays, il y a d’autres pays sur terre que la France), je n’ai pas été frappé de façon fulgurante durant les douze années que j’ai passées à Paris par les mérites indiscutables de la centralisation et du jacobinisme culturel —, mais plutôt à ce que j’ai vécu, ici, mon mariage avec Nelly (Saint-Sulpice), la naissance de Daphné (Port-Royal), tous les livres que j’ai écrits (Nation et puis surtout Montparnasse). Et, de fait, tous les livres que j’ai écrits jusqu’à présent, et le prochain aussi, je les ai écrits à Paris. Ce n’est sans doute qu’un incident géographique (même si je parle de Paris dans ces livres, je ne parle pas que de Paris), mais au moment de quitter Paris, disons que j’ai l’impression que c’est un peu plus qu’une anecdote. Douze ans, bien sûr, ce n’est pas anecdotique. Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais qu’est-ce que je veux dire ?

IMG_1155

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.