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10.10.17

C’est un jeu auquel il m’est souvent arrivé de jouer, enfant, notamment, je crois. Enfin, je ne sais pas si c’est un jeu, mais c’est comme ça que j’y ai pensé ce matin. Je m’imaginais le monde sans moi, et j’essayais de savoir s’il serait mieux ou non — sans moi. J’arrivais toujours à la conclusion que non, il ne serait pas mieux sans moi, ce qui est passablement égocentrique, j’en conviens, mais c’était la conclusion à laquelle je parvenais quand même : maman serait triste, j’avais encore un certain nombre de choses à faire dans les jours qui venaient, j’avais promis quelque chose à quelqu’un, j’avais quelque chose à accomplir dans un avenir plus ou moins lointain. Mais est-ce que les gens qui parviennent à la conclusion que le monde serait mieux sans eux se suicident ? Et ceux qui parviennent à la conclusion que cela ne ferait aucune différence, qu’ils soient là ou pas ? Évidemment, les questions de ce genre n’ont rien de commun avec la question bien plus profondément métaphysique de savoir si le monde aurait été meilleur, pire ou idem, si je n’avais jamais existé, mais je suis trop leibnizien, sans doute, pour considérer cette question avec le sérieux qu’elle mériterait peut-être, pourtant. À présent que j’y pense, je me dis que, si c’était un jeu égocentrique, c’était un jeu très rationnel, aussi. J’ai toujours été rationnel. Oh, pas la rationalité frelatée qui consiste à penser qu’il est rationnel de baisser les coûts en licenciant des gens pour augmenter les gains, comme si les coûts ainsi engendrés n’étaient pas nettement supérieurs au gain escompté, non, mais une rationalité qui fait varier des paramètres, envisager des possibles qui ne sont pas mais qui pourraient être, et caetera. Je crois que le gens ne sont pas rationnels, pas plus en économie que dans la vie de tous les jours. Un jour, quelqu’un (quelqu’un de « proche ») m’a dit : tu sais moi, je parle sans réfléchir, et évidemment j’aurais voulu lui dire que le problème était sans doute là, précisément : tout le monde parle sans réfléchir. Ce qui fait que tout le monde parle beaucoup et que, quand tu veux en placer une, il n’y a pas beaucoup de place, justement, pour toi, qui es rationnel, mais je ne le lui ai pas dit. J’ai envisagé les conséquences (un futur possible qui ne sera pas), et je l’ai laissé parler. Que se passe-t-il quand on pense à tous les futurs qui ne seront pas ? Bien sûr, cela ne les fait pas exister, et je ne suis pas certain qu’il faille admettre qu’ils sont d’une certaine façon (qu’ils subsistent, pour parler un peu comme le philosophe autrichien Alexius Meinong Ritter von Handschuchsheim, Meinong pour les intimes, que sa passion pour l’ontologie avait conduit à faire de la place pour les impossibles comme le rond carré, impossibles qui, s’ils n’existent pas, subsistent toutefois d’une certaine manière puisque l’esprit peut les concevoir), mais s’il ne leur arrive rien, il nous arrive pourtant quelque chose, à nous. D’où vient ce spleen qui nous ressentons quand nous pensons à tous les futurs qui ne seront pas ? À tous ces possibles morts, à toutes le vies que nous ne vivrons pas, à toutes ces vies que personne ne vivra jamais ?

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