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16.10.17

Comme Daphné me mène la vie particulièrement dure en ce moment, vers la fin de la journée, j’ai eu l’impression d’étouffer, j’en avais assez d’être là où j’étais, j’avais envie d’être ailleurs, et je suis sorti faire un tour, histoire de voir, histoire de ne rien voir du tout, simplement pour ne plus être là où j’étais parce que je n’avais plus aucune envie d’y être. Zéro. À Paris, quand ça m’arrivait, à cause de Daphné, à cause de Nelly, à cause de quelqu’un d’autre ou tout simplement à cause de moi-même, je sortais faire le tour du quartier, mais comme les gens sont moches et qu’on ne pouvait pas s’empêcher de les regarder en face, il n’y avait tout simplement pas assez de place pour faire tenir tous ces gens, ça ne s’arrangeait pas vraiment, enfin, peut-être que oui, mais simplement parce que du temps avait passé entre le début de la crise d’étouffement et le retour au bercail. À Marseille, en revanche, comme j’habite à un quart d’heure à pied tout au plus de la mer, c’est plus difficile de s’enfoncer profondément avec cette sensation d’étouffement dans le corps, tu respires plus vite, physiquement, c’est-à-dire, comme ce soir, quand je me suis assis dans le sable au bord de la mer et que j’ai regardé le ciel prendre feu au moment où le soleil se couchait. D’un certain point de vue, je serais enclin à dire que c’est une expérience passablement kitsch, d’autant que le coucher de soleil ne sauve de rien, il ne résout rien, aucune des situations auxquelles tu te trouves confronté et qu’il va bien falloir que tu dépasses après que le soleil se sera couché. Mais d’un autre point de vue, c’est aussi une expérience thérapeutique, au moins en ce sens qu’il me semble bien plus difficile de déprimer face à un paysage comme celui-ci — je dirais même face à la possibilité d’un tel paysage — que face à un autre paysage, disons un mur gris percé de fenêtres avec des hommes poilus le torse nu en face. La possibilité de se morfondre ne s’efface devant la possibilité du paysage, mais l’espace a une qualité qui permet des expériences qui ne le sont pas ailleurs. Le coucher de soleil, les dégradés de bleu, orange, gris ne sont pas la fin en soi de l’expérience (c’est ça, le kitsch), mais des modes de présentation de l’horizon, ses apparitions. Et l’horizon, s’il ne sauve personne à lui tout seul, l’horizon distend, assouplit, laisse respirer, ouvre grand (comme on dit du diaphragme de l’appareil photo ou des oreilles).

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