13.10.17

Tu mesures le niveau de domination culturelle d’un peuple à l’aune de ce qui occupe l’esprit des gens (ce qu’on veut qu’il y ait dedans, ce qu’on veut y mettre). Esprit qui, contrairement à ce qu’on croit un peu trop facilement, n’est pas inaccessible, mais aisément lisible. Comme l’importance accordée aux histoires de fesses d’Hollywood. À partir desquelles, corollaire, il apparaît évident qu’Hollywood, ce n’est pas l’Amérique, non, Hollywood, c’est le monde. Et dès lors, ce mot d’ordre que d’aucuns croyaient désuet, passé de mode — passablement romantique — moi aussi, je le croyais, d’ailleurs — anywhere out of the world prend un sens nouveau, se découvre seconde jeunesse. Parce qu’il apparaît tout aussi évident qu’il faut à tout prix échapper à Hollywood, échapper à la domination totale d’une façon de voir et de faire le monde sur les esprits, domination qui ne s’exprime pas seulement dans les productions culturelles bas de gamme qu’on fait passer pour des chefs-d’œuvre, mais forme surtout le gaz des gazettes, le socius des réseaux sociaux, la police de la politique, met des mots dans ta bouche qui n’ont même plus besoin de te traverser, toi, tu n’es qu’un point par où ils passent, ces mots. Anywhere out of Hollywood.

Baudelaire Carjat ca. 1863.jpeg