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1.11.17

Ne pas être en phase avec son époque, c’est se vouer à être à côté de la plaque, pas dans l’air du temps, à l’opposé du désir des gens. Sauf qu’évidemment, on ne choisit pas de ne pas être en phase avec son époque, on ne décide pas d’être à côté de la plaque, d’ailleurs on ne se sent même pas vraiment soi-même à côté de la plaque, après tout, moi, je vis ma vie, ce sont les gens qui nous y mettent, qui nous font remarquer qu’on y est, parce que ce qu’on fait ne ressemble à rien de connu et que c’est gênant, forcément : il faut que les choses qui sont faites ressemblent à quelque chose de connu ou soient en phase avec leur époque. Si tu ne fais ni l’une ni l’autre de ces sortes de choses, tu peux faire tes adieux mon vieux. Moi, ça ne me gêne de ne pas être en phase avec mon époque. Je ne ferai sans doute jamais fortune, du coup, mais c’est tout ; ça ne m’empêchera pas de vivre. Je comprends les enjeux de l’époque, j’entends ses débats, j’en sens les angoisses, mais je ne peux m’empêcher de traiter tout ce raffut du seul geste qui convienne à la situation : hausser les épaules.

« L’autorégulation démographique (…) fait partie [de la politique de l’homme symbiotique]. S’il semble “inhumain” et violent d’imposer un enfant par famille en Chine sous Mao — injonction faite à un peuple largement sous-éduqué, voire analphabète —, il devient possible de suggérer aux mêmes populations devenues conscientes de choisir leur mode de survivance. » (Gilles Clément, l’Alternative ambiante)

Or, le problème d’une utopie de ce genre, c’est qu’elle est triste. Elle a la raison pour elle, mais ne suscite pas la passion nécessaire à l’action. Il n’y a rien à traquer, il n’y a pas d’ennemi à débusquer et à détruire. Le seul ennemi d’une utopie rationnelle de ce genre, c’est toi-même et tes 2,01 enfants par femme (en France). Au contraire, par exemple, d’une utopie exaltée comme l’utopie végétaro-féministe qui permet de condamner a priori tous ceux qui ont des comportements déviants par rapport à la norme proclamée (les omnivores — rebaptisés “carnivores” pour qu’ils aient vraiment l’air de salauds assoiffés de sang — responsables de l’esclavage des animaux) et de traquer les déviances tout au cours de l’histoire (p. ex. le comportement déviant du mâle dans À bout de souffle, ou les ouvrages non-féministes dans l’histoire de la littérature mondiale des origines à nos jours, et ainsi de suite à l’infini).

Moi, je n’ai que des utopies personnelles à proposer, des utopies ironiques. Je peux servir d’exemple, pas de modèle. Je ne prêche pour aucune paroisse, j’essaie de trouver des manières d’être assez libre pour être heureux, ou un peu moins esclave (de la bêtise, de l’irrationalité, du monde, du centre, de la norme, de la haine, et tout et tout).

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