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2.11.17

Le journal intime extérieur, où le dedans est dehors et le dehors dedans et inversement, n’est pas une espèce du genre autobiographie ni même autofiction, il s’agit plutôt de l’exercice quotidien d’un dialogue avec soi-même ; — soit, en termes modernes, si l’on veut, ce que Socrate, sous la plume de Platon, appelait penser.

Le problème de la pensée contemporaine, c’est qu’elle est sourde. Il peut être louable dans certaines conditions de critiquer la religion, mais encore faut-il y entendre quelque chose. Il peut être souhaitable de vouloir réformer la grammaire ou, au contraire de la défendre, mais idem. La majorité des athées contemporains n’entravent rien à la religion et les grammairiens post-modernes sont eux-mêmes illisibles. (Note, entre parenthèses, que les grands défenseurs actuels du style sont incapables d’écrire clairement et que tout le monde confond à leur suite la facilité avec la clarté et la clarté avec la médiocrité.) En fait de lecteurs, spectateurs, auteurs, penseurs, on a affaire à des procureurs qui instruisent un dossier dont le coupable est déjà connu et doit être mis à mort. Singulière pensée qui sait déjà tout a priori et n’a donc plus guère besoin que de s’exprimer, c’est-à-dire de laisser tomber le couperet d’un verdict que personne n’ignore. Mettre à l’index tout ce qui ne participe pas de la doxa vulgaire qu’on adopte et à laquelle il faut convertir le monde entier. Pour son bien, évidemment, et contre sa volonté, s’il le faut. (Démarche abjecte.)
— Mais qu’est-ce tu suggères de faire à la place, Jérôme, parce que tu le reconnaitras sans peine : il y a des comportements, des attitudes, des actes qui sont critiquables et doivent être critiqués ?
— Walou.
Chaque jour, j’apprends à lire, à écrire et à penser. On peut bien réformer tout ce que l’on voudra, rien ne m’empêchera de continuer à le faire (comme un marrane, s’il le faut) ni de le faire avec Daphné, certainement pas les tenants de la pensée tautologique.

Ce qu’on peut entendre par penser, ce n’est pas avoir une opinion, ce n’est pas dire non ou bien au contraire oui, c’est une tentative d’élaboration progressive, dans la double durée : celle courte du jour j (la date), celle longue des mois et des années, une continuité qui accueille les ruptures, les accidents — bref, les jours qui passent — parce que ce sont ces ruptures, ces accidents — bref, le temps qui passe — qui la font.

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