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10.11.17

Hier, j’ai eu une idée, c’est ce que j’ai pensé aujourd’hui, une idée je n’exposerai pas en public. Hier, cette idée, je l’ai exposée à Nelly. La pauvre, serait-on tenté de dire, mais non, elle l’a trouvée intéressante et m’a dit qu’elle était originale. Pas de problème. Non, mais oui. En règle générale, avoir des idées en public me semble de moins en moins souhaitable. En privé, je veux bien penser, mais en public, j’ai le sentiment de quelque chose de fastidieux, qui me fatigue à l’avance. Je pourrais évoquer un nombre incalculable de raisons pour cela — la façon dont penser consiste à enfoncer des portes ouvertes, dont la démocratie a échoué à se donner un esprit critique pour n’être que le règne de l’opinion toujours changeante, dont tout semble devoir être lissé, poli, rendu facile, accessible, digeste, pas choquant, tout en prétendant que l’art doit provoquer, et caetera —, mais en fait, je sais que cela ne sert à rien et que, désormais, cela ne sert plus à rien non plus de penser. Ainsi, cette semaine, je me suis demandé si j’allais publier le livre que je viens de finir. Et je me suis rendu compte que j’y étais en quelque sorte obligé. Si je veux toucher le reste de ma bourse et ne pas avoir à la rembourser, il va falloir que je le publie. Disons donc pas le prochain, non, le livre d’après le prochain livre, ce livre que je pense à écrire, qui n’est pas encore un livre, mais une idée que je cherche, ai-je envie de le publier ? Je ne crois pas. Comment aimer écrire, penser en public, quand tout y incite si peu ? La pauvreté, l’indigence de ce qui tient lieu de pensée est terrifiante d’autant plus qu’elle renvoie une image détestable de sa propre activité. En réalité, je ne suis peut-être qu’un petit imbécile qui se croit plus malin que les autres. Peut-être, oui, mais il ne faut pas croire non plus que ne pas vendre de livres soit une position confortable. La question de la publicité de la pensée est problématique. Et je crois qu’il faut être un penseur privé. Si odieuses que les questions puissent paraître : Est-ce qu’une pensée publique n’est pas une contradiction dans les termes ? Est-ce que l’excellence et le plus grand nombre sont synonymes ?

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En revenant de faire les courses à Carrefour, je n’avais pas trouvé de réponses à ces questions, mais je n’avais pas non plus cessé de me les poser.

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