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7.11.17

Marché douze kilomètres, hier, dans les rues de Paris, mes chaussures anglaises aux pieds — grossière erreur. Et pourquoi, au juste ? Pour ne pas manquer à l’engagement que j’avais pris et qui m’aura coûté tant, plus une journée de travail. Journée perdue, fatigante, qu’aura sauvée tout de même le trajet en train où j’ai pu lire Musil pendant quatre ou cinq heures (aller plus retour). Les livres valent mieux que les personnes — surtout si leur auteur est mort. Ce n’est pas ce que je dirai, non, même si j’ai définitivement un problème avec les gens. Sauf que je n’avais pas besoin d’une démonstration, pas besoin de passer la journée seul à perdre mon temps pour l’apprendre ou le comprendre, je le savais déjà. Que ce soit leur faute ou la mienne, aux gens, à vrai dire, je m’en fous pas mal. C’est comme ça. Et non, je n’ai pas envie de faire avec. Ça ne m’intéresse pas. D’où la conclusion que je ne suis pas près de revenir à Paris. Double vérité, si j’ose dire : que je ne ferai plus ce genre d’opération de bénévolat qui me coûte trop et ne m’apporte rien (tu me diras, je pourrai toujours dire que j’ai été juré d’un prix littéraire) et que je peux tirer un trait sur la période de ma vie qui s’est achevée en quittant Paris. Je n’oublierai ni Nelly ni Daphné, évidemment, mais le reste, si. Sans grands regrets.

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Nietzsche qui, comme chacun sait, doit être mis à l’index pour sa misogynie (Au bûcher, le teuton ! crient en chœur les zélateurs des tétons.) avait tout de même quelques qualités, dont un sens certain de la formule. Ainsi, déclara-t-il, dans son Crépuscule des idoles : « Je crains que nous ne puissions nous débarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire… » La « mentalité grossièrement fétichiste » de ceux qui croient encore à la grammaire met des choses, de la volonté, du moi, de l’être partout où elle entend des mots parce qu’il faut bien, pense-t-elle, qu’il y ait des substances pour soutenir notre langage. Sinon, il s’écroulerait sur son fondement. Même si Nietzsche avait le sens de la formule, il a commis bien des erreurs, dont celle de croire que la croyance en Dieu et la croyance en la grammaire étaient solidaires. Or, il n’en est rien. Et l’Européen occidental, qui pense s’être débarrassé de Dieu, ne s’est pas encore débarrassé du fétichisme grammatical et entend réformer la grammaire pour parvenir enfin au règne millénaire de l’égalité entre tous.

C’est toujours le langage qu’on accuse — d’être impuissant à exprimer ce que nous ressentons au plus profond de notre être, d’être inapte par son inexactitude à décrire la réalité telle qu’elle est, de reproduire par son archaïsme les inégalités qu’il faut à tout prix détruire. Évidemment, le langage, qui n’existe pas, qui n’est au mieux que le nom que l’on donne à la façon dont on parle, l’ensemble des usages communs à un certain nombre d’individus, n’y est pour rien. Mais il est bon de l’accuser. C’est un ennemi qui semble bien faible — comme c’est nous seuls qui parlons, il ne nous répondra pas —, mais il est redoutable, toutefois : à la fin de la guerre, de la bataille du moins, nous ne comprendrons plus rien.

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