comment 0

28.12.17

Daphné est infernale en ce moment. C’est peut-être pour cette raison que ma passion diabolique m’a repris. J’ai malheureusement commis l’erreur, pour l’assouvir, d’ouvrir à nouveau l’histoire du diable de Muchembled, qui est à peu près aussi soporifique que celle littéraire de Milner. Tout n’est qu’abstractions agissantes, coïncidences dont on ne se risque même pas à dire qu’elles ressemblent à des causalités, se contentant dans une sorte de modestie méprisante (rien ne vaut que la démarche de l’auteur, lequel en est à ce point convaincu qu’il oublie les arguments en sa faveur), d’imaginer des mouvements de fond au sein de la société et de les appeler « imaginaire collectif ». Les comparaisons de Muchembled sont tristement éloquentes : « On peut représenter ce système souple de l’imaginaire collectif, écrit-il, par l’image d’une forêt de canalisations invisibles irriguant le même ensemble, mais ne délivrant pas la même quantité, ni exactement la même qualité, d’idées et d’émotions à tous ceux qu’elle dessert, après le passage par beaucoup de filtres et de relais. Sans oublier les contre-cultures qui refusent ou détournent les mêmes messages. » Le tout-à-l’égoût de la culture, en somme. Sous des dehors ambitieux — embrasser tout le vaste champ de la culture des formes les plus élevées aux manifestations les plus vulgaires —, c’est en fait peu de choses, un récit qui se donne pour scientifique, mais qui n’est qu’une façon de réduire en quelques centaines de pages un sujet qui aurait pu être profond. C’est ainsi que fonctionne le discours de l’expert : produire un compendium qui se prétend exhaustif et objectif sur un thème (à vrai dire, n’importe quel thème) qui est si bien brossé et balayé que toutes ses aspérités disparaissent et qu’il apparaît d’une platitude mortellement ennuyeuse. Après avoir lutté pour ne pas m’endormir, j’ai refermé le livre tout de suite le premier chapitre achevé pour m’empresser, dès le lendemain, de faire l’acquisition de deux livres : les trois Faust de Goethe édités par Jean Lacoste et Jacques Le Rider et la Peau de chagrin de Balzac.

Quand tu crois que tu es sur le point de devenir fou, mais que tu parviens quand même à reprendre ton souffle, est-ce que tu n’es pas fou du tout ou bien est-ce que ton espèce d’énergie vitale te rend suffisamment fort pour ne pas te perdre complètement ? De toute façon, quand tu crois en la vie (j’avais envie d’ajouter : vraiment, quand tu crois vraiment en la vie — mais c’est superflu), quand tu crois en la vie, c’est-à-dire : quand tu crois tout aussi fort en la possibilité de la négation de la vie, tu es toujours en train de devenir fou et de te sauver de la folie, n’est-ce pas ?

Rembrandt - Faust.jpg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.