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7.6.18

Courir. 10 kilomètres. Pour sortir toute la colère, toute la rage, tous les maux dont tu accuses les autres, tout sortir de ton corps, les suer littéralement par tous les pores de ta peau. Quelque part en chemin, je me suis dit, le responsable, c’est toi, tout ça, après tout, c’est de ta faute, si tu écris des livres que personne ne lit, ce n’est pas de la faute de quelqu’un d’autre, ce n’est pas la faute de l’univers, des lecteurs, des éditeurs, c’est de ta faute, à toi, pas la peine de rejeter cette faute sur qui que ce soit d’autre, le rejet ne changera rien, et si tu ne peux rien changer, si du moins tu ne peux pas changer ça, tu peux au moins courir et extirper toute cette hargne mauvaise de toi, de ton corps par elle empêché. Quelque part en chemin, entre le kilomètre zéro et le kilomètre dix, plus rien, pas d’éclaircie ni rien, simplement plus rien, la sensation de plus rien concevoir, de ne même pas simplement être, entre l’être et le non-être, pas de différences, parce que ni l’un ni l’autre n’ont d’importance. Qui dure l’espace d’un instant, et puis des idées de nouveau. Comme cette histoire d’hétéronymes. Pourquoi pas ? Changer de nom. Faire semblant. Devenir un autre. Ce qu’il y a de fascinant, en un sens, c’est que, quand même je ne saurais pas écrire, quand même personne — ou presque — ne lirait ce que j’écris, c’est en fin de compte tout ce à quoi je pense — ou presque —, si bien que courir même, ce n’est pas simplement courir, c’est pour écrire, pas un sujet sur lequel écrire, mais une manière de prolégomène à l’écriture future. Et c’est ainsi que tu vis, tout le temps, note après note, remarque après remarque, phrase après phrase. Courir n’est pas simplement courir. C’est déjà écrire. Est-ce que ça va mieux après la course ? Oui, en un sens. J’ai éprouvé — au moins — les mérites de la méthode antithétique : retourner contre soi tout ce que l’on tourne contre les autres et qui empêche d’avancer pour avancer. Littéralement. Métaphoriquement. C’est la même chose, non ? C’est donc que quelque chose bouge, que le cadavre de l’œuvre n’est pas froid déjà, avant même d’être mort vraiment, qu’il y a quelque chose à faire encore. Encore quelque chose à faire. Ne sont-ce pas pures imprécations ? Je ne sais pas. Non, je ne crois pas. Par chance, si je reviens au point de départ, je suis allé dix kilomètres plus loin. Ce n’est pas rien.

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