2.9.18

Depuis combien de temps n’ai-je pas tenu ce journal ? Je ne sais pas, et je n’ai pas envie de faire le calcul. Je pourrais dire : trop longtemps. Je pourrais dire : pas assez longtemps. Je pourrais dire : de toute façon, tout est vain, il n’y a rien à dire. Je pourrais dire : de toute façon, tout est vain, il y a trop à dire. Rien ne recommence, non, tout continue exactement de la même façon. On peut avoir l’impression, lorsqu’on assiste à la représentation en spectateur distrait, les personnages semblant changer, ils n’ont pas tout à fait le même nez ni rigoureusement le même timbre de voix, que tout change. Mais c’est faux. C’est toujours la même chose. Il faudrait être un théoricien du déclin qui sache ne pas se prendre au sérieux. Il faudrait être un utopiste profondément pessimiste. Il faudrait tout faire. Et son contraire. Il n’y a que les paradoxes en vie qui aient quelque chance d’avoir le moindre intérêt. Le reste — c’est-à-dire : quasi tout — n’est que de l’écume. De l’écume, vraiment ? Mais de l’écume de quoi ? De rien. De l’écume de rien. Du rien de rien. Rien. Sergio Gonzales à propos du tango dit que le tango exprime la difficulté de vivre et l’envie folle de vivre, la vie n’est pas belle mais elle pourrait l’être, tellement. Si tu ne comprends pas ce paradoxe, comment pourrais-tu comprendre quelque chose à quoi que ce soit ?

El pañuelito blanco
que te ofrecí,
bordado con mi pelo,
fue para ti ;
lo has despreciado
y en llanto empapado
lo tengo ante mí.

 — Quand ressort de toi ce qu’il y a de pire en toi, que tu sors et vois que c’est pire encore dehors, que fais-tu ?
— Tu rentres chez toi ?
— Tu rentres chez toi.

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