comment 0

10.9.18

C’est désespérant, non ? Quoi ? L’existence. Ah. Je ne sais pas. Ça dépend. Évidemment, ça dépend. Enfin, ça aussi, ça dépend. Mais vraiment, c’est désespérant. Ce matin, en faisant le ménage, je me suis fait la remarque que je faisais bien les choses et que j’aimais bien les choses bien faites. Ce qui ne signifie logiquement pas que je ne rate jamais rien, au contraire, mais je fais bien les choses, même les ratées, quand je les rate, c’est une erreur, ce qui arrive, forcément, du moment qu’on fait des choses. Par suite, me suis-je dit ensuite, par suite, la bonne explication, c’est que les gens n’en ont tout simplement rien à foutre de ce que je fais. Pas de chance, en quelque sorte. Je fais ce que je fais, c’est bien et je le fais bien, mais les gens s’en tapent. C’est le sens d’une réponse qu’on m’a faite à la vie sociale, c’est bien, l’écriture et tout, mais ça ne m’intéresse pas. Quant à la question de savoir ce qui les intéresse, les gens que je n’intéresse pas, je n’ai pas la réponse. Et je n’ai pas non plus envie de la chercher. Pourquoi faudrait-il que je m’intéresse à ce à quoi s’intéressent des gens que je n’intéresse pas ? Question de fou, non ? De fou, je ne sais pas, mais pas loin. Pas loin. En fait, je ne m’intéresse même pas à ce que je fais, je ne me pose pas la question du sujet, par exemple, je n’accumule pas des tonnes de documents dans lesquels je me fraye ensuite un chemin pour dire ce que je suppose que j’ai à dire et qui va intéresse les gens. J’écris. Des livres ou pas. Sur le papier ou sur internet. Je ne fais pas la différence. J’écris. Et ça n’intéresse personne. Enfin, personne, tu exagères. Pas grand-monde, oui, pas grand-monde, tu as raison. Comme j’aime bien faire les choses bien faites, je ne me suis pas jeté par la fenêtre. Ce qui aurait pu être une conséquence existentiellement logique de la suite des remarques que je venais de me faire à moi-même. Je ne me suis pas arrêté de frotter non plus, non, j’ai continué. Et comme il faisait chaud — chaleur lourde, moite —, j’ai continué de transpirer. Et je me suis dit que c’était bien de bien faire les choses même si personne n’en avait rien à foutre. Tu vois, aurais-je pu me dire, je ne me le suis pas dit à ce moment-là, mais je me le dis à présent, tu vois, ce n’est pas parce que personne n’en a rien à foutre que tu fasses le ménage que tu arrêtes de faire le ménage. Il faut que le ménage soit fait. Alors je fais le ménage. Écrire, c’est pareil. Je crois que c’est une bonne morale — plutôt que de vouloir faire des choses qui marchent, vouloir faire marcher les choses. Comme Socrate le disait à peu près à Gorgias tu sais, il vaut mieux que tu sois en désaccord avec tout le monde plutôt qu’en désaccord avec toi-même.

IMG_20180820_191246__01.jpg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.