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12.9.18

Qu’est-ce qui passe par la tête de cette jeune femme qui, suite à un accrochage de voitures dans un rond-point, mineur, banal, sans gravité ni réel intérêt, et après avoir échangé quelques mots pour dire, elle, qu’elle n’y était pour rien, et moi qu’elle y est bien pour quelque chose, prend la fuite ? Tu baisses la tête et quand que tu la relèves, plus personne. Tu cherches un regard compatissant, sympathique, simplement humain, mais personne n’est là pour toi, tu es seul au milieu d’un rond-point hideux, un tas de ferraille sans vie à tes côtés. Elle est partie sans prévenir. Le fou, le délinquant, aux yeux de l’humanité qui ne te regarde pas mais pourrait te voir, c’est toi. Toi qui gênes la circulation alors que ton seul tort, ton seul délit, que dis-je ? ton seul crime, c’est de t’être comporté comme quelqu’un de civilisé. Malheureux ! Qui se comporte comme quelqu’un de civilisé ? Personne. Qui se comporte comme quelqu’un de civilisé est faible, solitaire, méprisable, écrasable. Pauvre piéton involontaire dans le cauchemar mécanique de la ville la plus embouteillée de France — aux heures de pointe. Je voudrais dire à la Cour que je ne voulais pas descendre de voiture, mais il fallait bien que je sache, que je regarde, que je mesure l’ampleur des dégâts, avant de descendre, comment aurais-je pu savoir que ce n’était rien ? Presque rien, si peu. Même pas froissée, la tôle. Quelques éraflures tout au plus. Et puis, il fallait bien se parler. Oui, je sais, et je veux le dire à la Cour, je sais que c’était une erreur, une faute même, mais nous ne pouvons tout de même pas nous entretuer sans autre forme de procès. Qu’est-ce qui lui est passé par la tête à cette jeune femme ? Quelque chose de trop. Peut-être que ça a débordé. Elle a profité d’une seconde d’inattention de plus de ma part pour fuir. Mais fuir quoi ? En rentrant de chez mon père avec Daphné, que j’étais allé chercher en ce mercredi sans école, rien de particulier à signaler. Comme à l’aller en somme, à peu de choses près. Ensuite, je crois que j’ai pensé à une fleur que j’avais prise en photo quelques jours plus tôt. À Paris, je m’en souviens, je prenais des tombes en photo au cimetière du Montparnasse. À Marseille, je ne prends pas que des fleurs en photo, non, ce n’est pas vrai, il n’y a pas que des fleurs dans la ville la plus embouteillée de France, mais les bignones sont si belles. Si belles. Qui se souvient de Jean-Paul Bignon ? Personne, mais on peut encore admirer les fleurs qui portent son nom. 1751 bignone (Encyclop. t.2). Dér., sous la forme lat. bignonia, francisée en bignone, du nom de Jean-Paul Bignon (1662-1743), prédicateur du roi, membre de l’Académie fr., en l’honneur duquel Tournefort, dont il était le protecteur, dénomma la plante, me dit le Trésor de la langue française.

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