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31.10.18

Firenze
Aux Offices, une famille française de quatre. La petite fille imite les poses des statues antiques devant l’objectif de papa, qui la conseille, l’encourage, non sans fierté, avant et après chaque cliché. Un peu avant, une bribe de conversation au sein d’un couple : Non, celui-là, c’est bon, je l’ai pris. Peuplades de chasseurs postmodernes armés de leur appareil photo. Des millions d’années d’évolution, me dis-je à un moment ou un autre, méprisant, des millions d’années d’évolution pour en arriver là. Où est-ce que je me situe moi dans l’évolution ? Ne supposes-tu pas qu’il faille se représenter l’évolution sous la forme d’une pyramide ? Alors que ce n’est évidemment pas le cas. Nous ne sommes pas si évolués que le Grec de l’Antiquité qui sculpta cette Psyché tourmentée qui joue peut-être, qui sait ? et dont nous pouvons voir ici la copie romaine.

Qu’est-ce que je fais ici ? (Question récurrente.)

Forteresse du musée où l’on ne rentre qu’en file indienne, plumé et fouillé. Il faut payer et être humilié, payer deux fois donc, de son portemonnaie et de sa personne. Procession des petits pas qui avancent, chenilles disciplinées au risque de se voir refuser l’entrée, ensuite vider ses effets personnels dans un vulgaire panier en plastique, passer un portique de sécurité, faire scanner son billet, le donner à découper, le faire scanner de nouveau pour sortir. L’intimité a moins de prix que la sécurité. Entre les deux, l’entrée et la sortie, quelques œuvres se dessinent derrière l’écran des corps des touristes qui errent comme dans un grand supermarché. Des Madonna, à l’enfant et à la grenade. La Madonna della melagrana (1487) et la Madonna del Magnificat (1483) de Boticelli. Symbolique religieuse certes (le sang du Christ, l’Église), mais aussi présence ordinaire, simple, du fruit que j’ai acheté hier au marché de Sant’Ambrogio. Trois belles grenades bien rouges pour 2 euros 50. Celui qui insiste sur la dimension sacrée, spirituelle de l’art le comprend aussi peu que celui qui n’en voit plus que la dimension mercantile. Ici et là, le fruit partagé entre les mains de la mère et de l’enfant est le lien entre l’extra et l’ordinaire, qui rend présent dans la vie même le symbole de ce qui prétend la dépasser mais y trouve pourtant son origine. On peut tout voir et on peut ne rien voir du tout. Les lamentations des contempteurs du temps présent et les admirations des sectateurs du contemporain rendent un son également absurde. Il y a pourtant des remèdes à la bêtise. Comme de trouver sur la toile le fruit que l’on pose sur la table. Découvrir de nouvelles relations. Se laisser porter par ses propres associations. Aller et venir. Circuler. S’imaginer être libre cependant que l’on est constamment scruté, observé, contrôlé. On baisse la tête. On se laisse faire. C’est ça où on ne fait rien du tout. Je rentre chez moi. J’écris ce que je vois, ce que je pense, ce que je sens. Qu’est-ce que ça changera ? Rien, probablement.

 

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