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10.11.18

Quand on ne lit plus que des livres qu’on comprend, on est vieux, disait en substance Vila-Matas dans un article qui m’avait servi à écrire le dernier texte des Monstres littéraires. Depuis que je me perds dans Ulysses, il me semble que cette manière de maxime a gagné en profondeur. Il faut être fou pour s’aventurer là-dedans, en cette mer intérieure et extérieure, au risque d’y comprendre quelque chose tant il semble que l’incompréhension soit un présupposé, voire : un réquisit. Et c’est vrai, non, tu ne crois pas, si tu y comprenais quelque chose, pourquoi continuerais-tu de lire ? Un livre qu’on comprend est une absurde tautologie, un miroir qui renvoie de toi l’image seule que tu veux bien voir. Tu n’apprends rien. Rien qu’à la mesure de ce que tu ne comprends pas. Il faut désirer quelque chose qui t’échappe, te distance, est si loin de toi que tu ne l’aperçois qu’à peine. Un autre monde. Un monde que tu comprends n’est pas un autre monde. Ce n’est jamais que le même monde étroit, fini, dans lequel tu as vécu jusqu’à présent. La plupart s’en contentent. C’est qu’on y est au chaud, comme dans des draps malpropres qu’on souille nuit après nuit. Petite jouissance. On pourrait dire, pour suivre l’idée de Vila-Matas, que lire un livre qu’on comprend, vieillit, te vieillit, rabougrit. Flaque tiède dans laquelle tu trempes, patauges. J’ai voulu écrire un livre sur, dit son auteur. Non, mais on avait déjà compris, voudrait répondre l’antilecteur. À qui on ne donne pas la parole. Évidemment. Simplement le droit d’acheter. Marque du prix sur l’objet. Mauvais goût. Cependant que le livre que tu ne comprends pas, t’appelle, et toi tu en penses quoi ? moi ? ché pas rien bon ben quand tu sauras tu me dirais oué fin faudrait encore que j’y arrive, ne te laisse pas en paix. Il ne faut pas se reposer. Ou bien, il ne sert à rien de lire. Combien de livres ne dérangent rien ? Si peu qu’on les aime tant. Peuplades convaincues d’elles-mêmes. Peuplades convaincues par elles-mêmes. Sédentaires au fond de leur trou. Surtout ceux qui provoquent. Sont là pour ça. Gros culs & co. Tandis que la folie n’est pas quelque chose que tu acceptes / désires / suscites / appelles, quelque chose qui vient et que tu accueilles. Il est possible que je ne sois plus jamais le même, dit-elle, et cela me fait peur, terrible. Le club des lecteurs de Joyce. On peut dire ça comme ça.

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