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16.11.18

Tout à l’heure, en sortant de chez moi, par la fenêtre de la voiture, j’ai vu un goéland en train de manger un pigeon mort sur la voie d’en face. J’imagine que j’aurais dû être un peu dégoûté de voir ça, mais non. À vrai dire, ça ne m’a pas fait grand-chose. Je me suis simplement dit Tiens un goéland est en train de manger un pigeon. Un goéland, pas une mouette, il ne faut pas confondre. Quitte à vivre au bord de la mer, autant ne pas se tromper. Et c’est vrai qu’il ne faut pas confondre. Ce spectacle répugnant, peut-être aurait-il dû m’émouvoir. Mais le pigeon était mort et les goélands n’ont pas la réputation d’être des animaux très sympathiques. C’est quoi, un animal sympathique ? Je ne sais pas. Pas un goéland ? Ce qu’il y a de drôle dans cette histoire, c’est quelque chose qui ne s’y trouve pas, mais un peu avant. Ce matin, sous la douche, un peu déçu de ne m’être souvenu d’aucun des rêves que je suis pourtant censé avoir faits durant la nuit, j’ai eu un genre de flash. La nature, me suis-je dit, c’est vivre à poil au sein d’une tribu d’analphabètes et manger des baies sauvages avant de mourir de dysenterie à dix-neuf ans. Ou se faire manger par un animal plus gros que soi. Façon de dire, peut-être, que les défenseurs de la nature ne défendent jamais rien que l’idée préconçue qu’ils s’en font. Dans leur conception de la nature, le goéland serait condamné à une peine de prison pour pigeonnophagie. Et puis, en me séchant, je me suis dit, et la culture ? la culture, c’est appeler maman son papa ou réciproquement parce qu’il aura changé de sexe entre le moment où tu seras né et le moment où il se sera rendu compte que tous les problèmes du monde dans lequel il vit tournent autour de sa bite. Et c’est vrai que, ce n’est peut-être pas la façon la plus optimiste de décrire la grande aventure humaine, mais faut-il être optimiste ? Je ne crois pas. Si tu n’es pas tout en haut de l’échelle, être optimiste, c’est pécher par défaut de réalisme parce que la probabilité que tu te hisses plus haut décroît avec le temps. Et si tu t’y trouves, tout en haut de l’échelle, c’est pécher par défaut de réalisme parce que la probabilité pour que tu y restes décroît avec le temps. Au bout d’un certain temps, tout se met à décroître. Et meurt. Tout ce que tu peux faire, c’est ne pas y penser en regardant tes enfants. Ou ne pas en faire parce que c’est égoïste. Mais en faire, c’est égoïste aussi. Alors quoi ? La vie est inextricable. Qu’est-ce que tu peux y faire ? Rien. Alors, j’ai continué à rouler dans ma voiture, j’ai pris la Corniche en pensant que, quand même, c’est un des plus beaux endroits au monde. Je suis allé jusqu’à Saint-Victor, où j’ai acheté des navettes au four des navettes. Ensuite, au retour, hypnotisé par les vapeurs de fleur d’oranger, je me suis encore dit que, vraiment, la Corniche, c’était un des plus beaux endroits au monde. Alors un rayon de soleil a illuminé la baie de Marseille et c’était encore plus beau. Après, je me suis arrêté à la Biocoop pour acheter de l’infusion de thym (avec les navettes, c’est absolument délicieux). En passant, j’ai acheté du vin de la région (Les terres promises — 100% carignan — et du Revelette ­— 100% ugni blanc) avec des olives de Kalamata. Et je suis rentré chez moi. Le goéland avait foutu le camp. Et le pigeon avec. La vie est inextricable. Inextricable.

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