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8.12.18

On a tendance à penser, en France, et c’est sans doute un héritage des années de monarchie absolue de droit divin, en France, on a tendance à penser que le chef élu ne l’est pas seulement parce qu’il a obtenu le plus de voix, mais qu’en plus, d’une façon ou d’une autre, il le mérite. Que le petit peuple le croie, passe encore, il est là pour ça, dira-t-on, que les élites éditoriales affectent de le croire, c’est un signe d’obéissance, mais que le chef lui-même adhère à cette idée est symptôme d’un grand désordre. Ainsi, apprend-on de source proche du chef de l’État, ce dernier vivrait très mal le fait d’être détesté des Français. Symptôme d’un délire assez inquiétant, en fait. Car qui a dit qu’il fallait croire aux histoires qu’on invente ? Qui a jamais prétendu qu’il fallait prendre la fiction pour la réalité ? Un individu raconte une histoire — fictive, évidemment, ce n’est pas parce qu’on écrit un livre qui s’appelle Révolution qu’on est révolutionnaire, généralement, c’est même la marque qu’on est tout le contraire — pour se faire élire. Cette histoire fonctionne, les gens y croient, il est élu. Parfait. Mais il ne doit jamais croire à sa fiction. Une histoire peut fonctionner pour conquérir le pouvoir, mais une fois conquis, encore faut-il le conserver. Or, croire à sa fabulation est le meilleur moyen de ne pas y parvenir. Il y a quelque chose comme un défaut catastrophique de machiavélisme. On peut raconter qu’on est Jupiter, pourquoi pas ? On peut raconter n’importe quoi. Mais croire à cette fabulation est une pathologie. Quand on ne fait plus la distinction entre la réalité et la fiction, les ennuis commencent. Les écrivains qui ont de l’imagination le savent bien. Ce qui peut même leur jouer des tours ; ils ont plus d’idées que les autres. Ce que les autres n’apprécient pas, qui n’en ont pas. Et se contentent de suivre le petit monde déjà-fait comme il va. Mais il faut toujours distinguer les unes des autres : les fictives des réelles.

Mais assez de cette petite politique, assez de ces cerveaux étriqués, assez de ce virilisme mou (qui aime voir des matraques, ne l’a probablement ni bien dure ni bien grosse). Le vent souffle fort à Marseille. Le ciel est azurément bleu. Ai marché cinq kilomètres, jusqu’à la plage et retour. Il faisait frais et sec. Un temps pour la promenade des dieux. Qui aère la pensée, fait le vide, chasse les idées tristes comme les nuages. Lumière qui ignore le péché. Portent les ombres nettes. On s’imagine un peu trop grossièrement que la Méditerranée est synonyme de chaleur. Ce qui est faux. Une idée de touriste. La Méditerranée est synonyme de lumière. Le jour sans tâche de l’hiver. L’immaculation de l’atmosphère. Ici, je peux respirer. Ailleurs, on étouffe. La ville repliée sur elle-même, qui n’admire rien que sa propre image, est aveugle. La ville méditerranéenne est ouverte aux quatre vents. Ouverture qui fait peut parfois, car on n’a pas l’habitude que les éléments circulent. Les biens, eux, peuvent bien circuler, à condition qu’ils finissent dans ma poche. Mais que tout bouge, que tout souffle, c’est la pensée anti-bourgeoise par exemple. La ville méditerranéenne est une anti-ville. Ici, le gris ne tient pas le coup. La ville est toujours en train de se faire et de se défaire. Elle coule dans la mer. Se projette comme les embruns. Claque dans le ciel. Retombe sur terre. Devient pin, buisson, garrigue, maquis. Quand même sous le bitume, perce la végétation. Elle est toujours encore sauvage. D’un naturel sauvage.

854809, ô, ma métropole de langage.

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