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1.1.19

Qui sont « les proches » ? Quelqu’un que tu n’as jamais vu, qui vit à l’autre bout du monde (c’est une façon de parler, bien sûr, il n’y a pas de bout du monde), qui s’intéresse à ce que tu fais, et à qui tu t’intéresses ? Ou bien quelqu’un que tu as pris l’habitude d’appeler « papa » et qui t’écrase, indifférent, parce qu’il ne sait pas faire autrement que vivre replié, enfermé sur lui-même, jusqu’à l’épuisement de ses forces vitales (mais pas des tiennes, je ne le laisserai pas faire ça) ? C’est une question rhétorique. Pas la force de haïr. Pas la force d’aimer non plus. Pas aujourd’hui. Un autre jour ? Honnêtement, non plus. L’amour, je m’efforce de le réinventer pour Nelly, pour Daphné, du mieux que je peux, fort mal quelquefois, c’est-à-dire souvent. Quant à la haine, je n’en ressens pas. Je ne sais pas comment ça marche. J’essaie, c’est vrai que j’ai essayé de haïr, EW notamment, l’année passée, mais je n’y suis pas parvenu. Tu sais quoi ? Je finis toujours par oublier. Est-ce une faiblesse ? Non, je ne crois pas. Au contraire, pas de ressentiment, l’oubli efface les traces inutiles, les taches qui doivent devenir aveugles. Et le rester. Le destin, c’est ainsi qu’il faut l’aimer, comme une contingence. Malgré tout, donc, l’année commence bien. A bien commencé. Hier, j’ai écrit deux pages de je ne sais pas quoi. Probablement rien. Mais non. Je sens quelque chose. C’est étrange, non ?

Cioran dans ses Carnets : « Tenir un journal, quel témoignage d’impuissance à coordonner ses pensées ! C’est le propre d’un esprit discontinu, en profondeur complice et victime des fluctuations du temps, de son temps. Inapte à méditer, il se médite… C’est encore de la philosophie rabaissée à un calendrier intime. » Ce à quoi j’aimerais objecter quelque chose, mais quoi ? Je ne sais pas. Rien. Je n’ai rien à répliquer. Ce journal n’est pas littéralement un journal, certes, mais je sens bien son insuffisance, j’entends bien qu’il est là comme faute de mieux. Un peu plus tard, toujours Cioran : « Tous mes “écrits” manquent d’aisance. C’est le malheur de ceux qui écrivent peu, qui n’écrivent pas comme ils “respirent”. Auteur par accident, car je ne prends la plume que pour me libérer d’une oppression momentanée. » Tandis que moi, j’ai toujours écrit comme je respire. Et j’ai toujours écrit de plus en plus. Est-ce à dire que j’écris trop désormais ? Que je n’écris pas assez nécessaire ? Mais c’est quoi la nécessité ? On peut tout reprocher à ce journal, de n’en être pas un, donc, pour commencer, d’être l’ersatz d’une œuvre que je n’ose plus écrire (pour l’instant ? oui, pour l’instant), mais n’est-il pas aussi ce qui me permet de survivre, de ne pas périr d’inactivité, de ne pas me précipiter tête baissée vers ma fin ? De ne pas danser sans cesse avec le suicide. De sourire en revanche plutôt que de sombrer.

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