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4.1.19

Prêches contre le Capitalisme. Monnaie courante. Sauf qu’on a tort de tout mettre sur le dos du Capitalisme. C’est une façon de se défausser, de se débarrasser des problèmes auxquels le monde est effectivement confronté. On a tort de le faire pour une bonne raison : le Capitalisme n’existe pas. C’est une entité abstraite et les entités abstraites n’existent pas. Elles ont une forme d’être, on peut le supposer (on ne peut toutefois pas en être certain), mais elles n’existent pas comme les entités concrètes existent. Les personnes, par exemple. Les entités abstraites n’ont pas de pouvoir causal. Le Bien, par exemple, n’a pas de pouvoir causal. En revanche, une personne, en pensant au Bien, peut être conduite à agir de telle ou telle façon. Elle peut arrêter de manger parce que le Bien veut la sauvegarde de la vie, et qu’en ôtant la vie, elle fait le mal. Or, comme tout est vivant, si elle mange, elle détruit la vie. Elle cesse donc de manger. Et ainsi, elle meurt. Preuve que le Bien n’est pas toujours bon. Quoi qu’il en soit de cet effet pervers ou d’un autre, on voit bien que ce n’est pas le Bien, la cause de l’action, mais la personne. Le Bien est un mobile, une justification, une raison, pas une cause. Eh bien, avec le Capitalisme, c’est la même histoire. La raréfaction du travail humain, son remplacement par le travail robotisé, en soi, n’est pas capitaliste. Ce qui l’est, c’est son usage. Plutôt que d’affecter le surplus monétaire dégagé par les gains de productivité liés à l’automatisation du travail aux personnes parce qu’on n’a plus besoin de leur force de travail — c’est-à-dire, en gros, de les payer à ne rien faire —, on affecte ce surplus au capital. On augmente le capital. Plutôt que de libérer le temps des personnes en les faisant bénéficier des gains de productivité résultant de la robotisation du travail, on les transforme en pauvres, en chômeurs, en déclassés, minisalariés, bénéficiaires de minima sociaux, et caetera. Cette affectation du surplus au capital et non aux personnes, c’est cela, le problème. Et c’est cette affectation qu’il faut repenser. Le reste, c’est du catéchisme.

« L’algorithme fait bien les choses. »

Ce matin, avant 8 heures, j’ai écrit quatre mails aux éditeurs chez qui le manuscrit de la Vie sociale est encore en lecture. Un seul m’a répondu. C’est mieux que rien. Mais ce n’est pas ce que je voulais dire. J’ai écrit ces mails parce que j’ai peur de la réponse que je vais recevoir, j’ai peur qu’on me dise encore non, encore et toujours non, Non, nous n’avons pas envie de publier ce que vous faites, même si c’est très bien, mais nous n’en avons rien à foutre, en fait, vous voyez, j’ai peur que ce manuscrit reste lettre morte, j’essaie de ne pas y penser, mais cela m’angoisse tellement, je me dis mais de toute façon, tu sais très bien ce que cela veut dire, Jérôme, une absence de réponse, souviens-toi de ce que te disait GB, il faut lire entre les lignes ou, en l’occurrence, l’absence de lignes, mais ça ne marche pas et, en plus, tout est bien plus compliqué que cela. Pour preuve, la réponse de ce matin n’était pas un non mais un encore un peu de patience. En réalité, j’ai tellement peur de la réponse à ma question que, ce matin, je me suis dit, ça suffit, pose la question qui te fait si peur, et tu verras bien. Je n’ai presque rien vu, mais je vais bien finir par voir. Encore un peu de patience. Ce que je déteste. Faire preuve de patience. Oh, comme je déteste attendre ! Les choses devraient se produire instantanément. Aussi vite que la pensée. Tout le reste, tout ce qui ne va pas aussi vite que la pensée, est attardement. L’attente est une torture. La patience, un supplice. Le temps se traîne, là, devant toi, et tu ne peux pas t’en saisir, lui tordre le coup, il est là, à portée de main, tout ce qu’il y a de plus matériel, tout ce qu’il y a de plus réel, mais il est intouchable. Insupportable. Paradoxe du tangible intouchable. Et pourtant, je supporte le délai (toujours plus long, par la force des choses). Je dois être fou. Ou idiot. Ou particulièrement résistant. En fait, l’un n’empêche pas l’autre. Je suis un idiot résistant, un idiot qui persiste dans son être. N’est-ce pas, d’ailleurs, le propre de l’idiotie ? D’insister, de s’affirmer avec insistance, de se poser toujours encore, d’être là, singulière et irréductible, inépuisable ? Probablement.

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1 Comment so far

  1. L’impatience me semble être le propre de la jeunesse, moi qui suis une vieille mémé je commence à apprendre la patience…..Courage!

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