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5.1.19

Le pouvoir est détestable. Il suffit d’en donner un peu aux gens pour qu’ils se transforment en gardiens d’un temple qu’ils ne possèdent pas, auxquels ils sont même complètement étrangers, mais de l’aura duquel ils pensent participer en montrant les dents pour en défendre l’entrée. Cariées, mais ils ne s’en rendent pas compte. C’est le gardien de salle (niveau -1) du musée, la guide qui fait visiter l’abbaye hors saison. Le petit rôle qu’ils jouent — et qu’ils tiennent mal — est dérisoire, mais ils existent à travers lui. Il faudrait renoncer au pouvoir, mais combien sont prêts à renoncer à donner un sens, quand même artificiel, à leur existence ?

La Provence. L’hiver. Le vent. Le froid sec. L’air si pur qu’il se confond avec la lumière. Lumière pas blanche, légèrement teinté, tirant quelque peu sur le jaune, jaune pâle, jus de citron très frais, quasi blanc mais pas tout à fait. Lumière couleur d’agrume. En rentrant, essence de bergamote dans la maison. Il y a longtemps que je n’avais plus senti cette odeur (que je diffusais allègrement avant la naissance de Daphné dans l’appartement parisien, mais je fumais encore à cette époque). J’y ai pensé il y a deux ou trois jours. J’ai eu envie de la sentir à nouveau. C’est comme un univers diffus qui se forme autour de soi, une atmosphère qui se crée, enveloppe, le monde éthéré, en suspension dans l’air, qu’une odeur transforme.

J’ai eu une idée dans la voiture en rentrant de l’abbaye de Sénanque. Le vent soufflait fort, comme je l’ai déjà indiqué, mais ce n’est pas pour cette raison (en tout cas, je ne crois pas) que j’ai eu cette idée. Pourquoi l’ai-je eue ? Je ne sais pas. Elle est venue, je l’ai développée un peu, et je me suis dit, oui, c’est ça, oh, pas cette idée-là, ce qu’elle désigne, enveloppe, évoque, non, plutôt ce qu’elle propulse. Ce genre d’idées-là. Que j’avais déjà explorées en écrivant des habitacles, mais ils s’étaient essoufflés parce qu’ils étaient trop centrés, en quelque sorte concentrés en eux-mêmes, pas assez diffus, pas assez légers, pas assez volatiles. Trop lourds, quoi. Trop lourds alors qu’ils luttaient contre l’obésité, c’est bien le comble. En effet. L’idée dans la voiture, avec elle, je veux essayer de faire quelque chose de plus léger encore, et de plus vaste. Ce n’est pas un paradoxe, ce qui est léger, flotte, vole, furtif, parcourt plus de distance, couvre plus de terrain. Tenir tous ces fils de soie fine à la fois. Non. Pas les tenir. Les laisser s’envoler, les suivre, aussi légers que la pensée. Et aller aussi vite que la pensée.

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