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7.1.19

Nuit pas blanche mais très claire quand même, au cours de laquelle Daphné se réveille, et tout le monde avec elle, et moi, ensuite, au lieu de me rendormir instantanément, je pense à mon néant, parle à Dieu, lui demande pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? Dieu, impassible, ne me répond pas. Il ne manquerait plus que ça, que je doive me faire interner parce que la nuit j’entends la voix de Dieu qui me parle au lieu de dormir, mais enfin je lui demande tout de même pourquoi ? pourquoi ce néant est-il le mien ? pourquoi n’existé-je presque pas, qu’à peine ? Je le tutoie. Supplique sans nulle réplique. Silence absolu dans le dialogue de l’âme avec Dieu même. Je crois que je m’endors puisque que je me réveille. Au réveil — difficile, est-il besoin de le préciser ? —, après avoir travaillé quelques heures parce qu’il le faut bien même si je n’en ai pas envie, je choisis de ne plus parler à Dieu, mais à moi-même, à haute voix, (est-ce la même chose de parler à Dieu la nuit et à soi le jour ?) dans l’espoir un peu stupide, j’en conviens, de comprendre où j’en suis. Où j’en suis, non, ce n’est pas la question que je me pose, je sais très bien où j’en suis : nulle part, disons que j’essaie de faire le tour de la situation — ce que, dans la nuit claire, j’ai appelé mon néant — et je parviens à le faire. Aisément. Il n’y a pas un éditeur en France, me dis-je, pas un éditeur qui veuille publier ce que je fais. Zéro. Pas un éditeur en France qui pense que ce que j’ai écrit depuis quelques années et que je continue d’écrire (ici, ce soi-disant journal, et ailleurs, les livres, en l’occurrence, le dernier roman que j’ai écrit, la Vie sociale) forme une œuvre qu’il faut publier. Non. Personne. Absence qui a pour conséquence assez simple finalement — ceci : j’ai trouvé le sens de la vie, mais personne n’en a rien à foutre. Et il faut que je vive avec. En relisant cette page du journal après être allé courir, je me demande comment je fais pour écrire ainsi, du plus profond désespoir tout en ne me prenant jamais totalement au sérieux, du noir le plus sombre de la nuit claire que je darde de pointes d’une inépuisable ironie. Je ne sais pas comment je fais (comme s’il y avait une recette), c’est ainsi que je le fais. Est-ce cela qui me rend incompréhensible ? Moi, en tout cas, souvent, j’ai le sentiment de n’y rien comprendre. Mais il ne s’agit pas de la même situation. Ensuite, et tout l’après-midi avant d’aller chercher Daphné à l’école, Saint-Simon.

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