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28.1.19

J’aurais mieux que cette journée n’existât pas. J’avais prévu de faire un certain nombre de choses. Mais elles ont été écrasées sous le poids de l’ordinaire. J’ai souvent essayé d’aimer l’ordinaire, j’ai même cru y réussir, quelque fois, mais je me suis toujours aperçu que c’était impossible. Il répète toujours la même chose, la même grise et inutile chose, lente, morne, médiocre. Je peux bien me dire qu’après tout, cela ne fait rien, puisque je pourrais reprendre demain là où aujourd’hui s’est arrêté, mais est-ce vrai ? Et à supposer que ce soit vrai à présent, aujourd’hui et demain, pendant combien de temps cela sera-t-il encore vrai ? Tu crois que le soleil se lèvera demain parce qu’il s’est levé tous les jours jusqu’à présent, mais ce n’est pas parce qu’il s’est levé tous les jours jusqu’à présent qu’il se lèvera encore demain. Tu crois n’importe quoi. Je crois n’importe quoi. Un jour, je ne parviendrai pas à reprendre ce que la veille aura abandonné. Oh, non, ne confonds pas, cela m’est déjà arrivé. Ce n’est pas ce que je veux dire. Un jour, je n’arriverai plus à reprendre la veille — plus jamais. Aussi, ces journées perdues, foutues, ce n’est rien et pourtant, c’est la fin du monde. Qu’est-ce que je peux y faire à présent ? Je ne sais pas. J’ai envisagé d’être plus résolu, mais cela ne vaut rien. Dans l’après-midi, comme pour tâcher de faire quelque chose d’aujourd’hui, je suis allé chez la fleuriste du quartier, acheter un bouquet de mimosa. C’est une dame d’un certain âge, qui possède un manteau de vison. Elle m’a dit qu’elle le mettrait pour aller ses petits-enfants à l’école. À cause du froid. Son mari m’a dit qu’il préférait les femmes en vison sans rien dessous. Si vous voyez ce que je veux dire, a-t-il ajouté. Hé, bien sûr qu’il voit ce que tu veux dire, lui a répliqué sa femme. Elle était allée chercher son mari parce qu’il avait fermé la chambre froide à clef, m’a-t-elle dit, enfin, ce n’est pas une chambre froide, a-t-elle précisé, c’est une chambre réfrigérée. Moi, je lui souriais parce que j’étais heureux d’être là, dans cette boutique d’un autre âge qui sent si bon, à suivre cette conversation tout à fait décousue, mais qui avait du sens quand même, le sens des phrases qu’on s’échange moins pour dire quelque chose que pour se dire qu’on est ensemble. Elle m’a préparé un beau bouquet de mimosa qu’elle m’a vendu 10 euros (j’ai cru comprendre qu’elle me faisait un prix parce que c’était tout le mimosa qu’il lui restait et parce que je suis client, je vous ai reconnu, m’a-t-elle dit). Moi, je crois que j’aurais payé n’importe quoi pour repartir avec un bouquet de mimosa. J’ai mis les branches les plus grandes dans un grand vase et puis la branche la plus petite dans un verre d’eau que j’ai posé sur l’une des étagères de la bibliothèque à côté du bureau où j’écris en ce moment. Le parfum est entêtant, enivrant. Léger stupéfiant. Je ne sais pas s’il suffira à racheter cette journée qui n’aurait pas dû exister. Écrire, oui. Enfin, un peu plus.

Règle d’aménagement de la maison. — Toujours des fleurs à l’intérieur.

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