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6.3.19

Encore une pétition à signer. Est-ce que les gens passent leur temps à signer des pétitions ? Est-ce un réflexe chez eux ? Une seconde nature ? Ou un réel désir de sauver le monde ? Je ne sais pas. Pour les Noirs, les Juifs, les Arabes, les personnes différentes, les homos, les trans, les personnes identiques, les femmes, battues ou pas, les hommes, batteurs ou pas, les migrants, la paix dans le monde, ou contre la faim dans le monde, le réchauffement climatique, la fermeture de la maison des nains, je ne sais pas, ça existe ça ? — je n’y comprends plus rien. Pour respecter mon exigence d’honnêteté, totale, quitte à trop parler parfois, je dois dire que personne ne me demande jamais de signer de pétitions, je les vois passer, c’est tout, comme tous les torrents de conneries qui coulent chaque jour le dieu de l’internet, le même que celui qui est responsable de cette regrettable flatulence qu’on a pris l’habitude d’appeler le big bang (le big bang est plus l’origine de la connerie universelle que du monde, je parle du nom, bien sûr, le gros boum, mais le gros boum, ça n’en met pas plein la vue aux analphabètes), c’est comme ces trucs, là, les chaînes sur les réseaux sociaux, poste une couverture de livre chaque jour pendant sept jours, personne ne me demande jamais d’y participer. Est-ce que les gens pensent que je suis un connard ou ne savent-ils même pas que j’existe ? Les deux. Ça dépend des gens. Je m’éloigne du sujet. Enfin, sujet, c’est un bien grand mot. Pourquoi est-ce que je devrais soutenir les autres, c’est la question que je me pose chaque fois qu’on m’enjoint de descendre dans la rue pour dire que je ne suis pas ceci ou cela ou que je suis ceci ou cela (mais si, par exemple, je ne suis pas antisémite, pourquoi faut-il encore que je descende dans la rue pour dire que je ne le suis pas, ça ne suffit pas de ne pas l’être, il faut encore le montrer, et pourquoi pas en apporter la preuve ? oui, vous dites que vous n’êtes pas antisémite, mais qu’est-ce qui nous le prouve ? vous n’avez pas commis d’actes antisémites, ni tenu de propos antisémites, mais qu’est-ce qui nous garantit que vous ne le ferez jamais ?), pourquoi est-ce que je devrais soutenir les autres quand les autres ne me soutiennent pas — moi ? Moi, à l’exception d’une demi-douzaine de personnes (ce qui n’est pas si mal, j’en ai bien conscience), qui me soutient ? Personne. Absolument. Alors, soutenir les autres, non merci. J’ai bien conscience aussi que c’est moralement discutable (ne fais pas à autrui, ce que blablabla), mais la moralité, qu’est-ce que la moralité ? Je suis allé courir, ce matin, comme tous les jours, six fois par semaine, ma discipline (ne crois pas que je baisserai les bras parce que les gens ne sont pas sympas avec moi), et après, sous la douche, je me suis dit que, quand même, ce n’était pas très moral que mon éditrice me signifie sa volonté de ne pas publier mon roman par mail, que ce n’était pas très moral que les gens à qui j’adresse mon manuscrit ne prennent même pas la peine de me répondre (ne serait-ce que pour me dire que c’est nul), est-ce que c’est moral que mon meilleur livre, ce que j’ai fait de mieux jusqu’à présent dans ma vie d’écrivain, ne soit pas publié, est-ce que c’est moral ? Non. Et pourtant, c’est comme ça. Ne te trompe pas sur le sujet, je ne suis pas en colère, ne va pas t’imaginer que je me contredise, que je me plaigne, encore et toujours, comme une petite chose fragile qui passerait son temps à pleurnicher parce qu’elle n’a pas de succès, parce que les gens ne l’aiment pas, c’est plutôt une analyse radicale de la situation que je livre. Je pourrais me soustraire à cette analyse radicale en parlant de sujets autres, comme tout le monde, m’engager pour une cause. Défendre les faibles, les pauvres, et tout le monde contre les méchants qui ne sont pas gentils. Mais toute cette moralité hypocrite, moi, elle me révulse. Je peux caricaturer (à peine) la situation ainsi : L’éditrice qui refuse mon manuscrit par mail a un travail ; moi, pas. Où est la morale dans cette histoire ? Eh bien, elle est ici : Tu peux toujours crever. Ne compte sur personne. Absolument personne. Tes prétendus amis se plaindront de toi, de ce que tu écris dans ton journal à leur sujet, mais ils ne changeront pas de comportement pour autant. La morale, c’est la vérité. Que reste-t-il au bout du compte ? Que reste-t-il quand tu retires tout ce que tu pensais être ta vie ? Que reste-t-il quand tu regardes fixement tes mains sans rien faire pendant une minute ou deux ? La vie sociale, c’est ce que j’ai écrit de mieux. Et pourtant, le livre n’est pas publié. Il ne le sera probablement jamais. Est-ce que ça empêche qui que ce soit de dormir ? À part moi ?

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