19.3.19

Qu’est-ce que je ressens en ce moment ? De la colère, évidemment. (Pourquoi est-ce que j’ai écrit évidemment ? Je ne sais pas. Il faut que je réfléchisse à la question.) Et de l’émerveillement. Pas devant le monde, pas devant cette espèce de chose qu’on s’imagine se tenir en face de soi, et toutes les foutaises spéculaires qu’on y accole. Non. D’être en vie. L’émerveillement d’être en vie. Et que, la manière de continuum entre tout ce qui existe et moi puisse être si beau, l’absence de solution de continuité entre tout et moi, sans reste. Et que, dès qu’on le rompt, ce continuum, tout devienne si laid. Si je suis en colère alors que je m’émerveille tant, c’est que j’ai la sensation que, la plupart du temps, ce n’est pas moi qui le romps, ce continuum. Cela m’arrive, évidemment. Mais je crois que c’est assez rare, finalement. Ici, entendre sur cette rive de la Méditerranée, ici, je puis épouser la forme du temps, celui qui passe tout comme celui qu’il fait. Parfaitement. Ce qui ne signifie pas : tout le temps, mais je puis y arriver. Le genre de possibilité qui sauve la vie. Ailleurs, j’ai essayé, mais non. Enfin, moins. Pas pareil. Pas comme ça. Et puis, ici, :es gens peuvent disparaître ; il suffit de lever les yeux au ciel, de regarder la mer. Journée de grève. À la plage avec Daphné. Et puis, à Callelongue. Le malheur, c’est qu’il y ait d’autres formes de vie que celle-ci. Qu’on nous fasse accroire que l’affairement vaut mieux que ce temps qui s’écoule ainsi. Qu’il y a plus de sens et de richesse dans l’existence productive. Mais que produit-elle, cette existence-là ? Regarde autour de toi. Mondes en plastique. Monologues de ventriloques sans raison.

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