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30.5.19

Dieu est un nom qu’on donne à la vie.

L’importance de posséder la bibliothèque la plus vaste, la plus personnelle possible, excentrique et classique à la fois, se déduit aisément de l’état du monde et de son probable progrès.

L’autre jour, j’étais attablé à la terrasse d’un café avec des amis quand est passé devant nous un éditeur qui a en lecture mon manuscrit de la Vie sociale et connaît, chose que j’ignorais, l’un de ces deux amis. Il nous a salués tour à tour et, quand ce fut le mien, il s’est présenté comme si nous ne nous étions jamais rencontrés et n’étions pas en relation pour travailler ensemble. Moi, je ne lui ai rien répondu, je n’ai rien fait remarquer, rien dit du tout, j’ai regardé ailleurs. Cependant que je regardais ailleurs, je me suis demandé s’il fallait que je fasse quelque chose, que je lui casse la gueule, que je l’insulte, mais non, il était en train de parler, de l’intervention qu’il devait faire au festival Oh les beaux jours, festival littéraire se tenant à Marseille ces jours-ci, où des écrivains allaient notamment décrire des frigos, et moi, je me suis dit que ce n’était pas la peine d’agir. Au contraire. Surtout ne rien faire. En rentrant chez moi, un peu plus tard, à pied en sortant du métro Rond-Point du Prado, parce qu’après 21h30, à Marseille, il faut le savoir, des bus, il n’y en a plus, et je ne le savais pas, dans la nuit, ma sueur refroidie par le vent qui soufflait, fort, je me suis parlé à moi-même, dans le dialogue intérieur de mon âme avec elle-même, pour me demander si ce type était un crétin, s’il n’en avait rien à foutre de moi, ou s’il me prenait pour un con. Tout en marchant, j’ai rapidement réduit ce trilemme à un dilemme plus classique : pour me prendre pour un con, il faudrait être autrement futé. Or non. Je ne crois pas qu’il le soit. D’où les termes plus restreints de mon problème : est-ce que c’est un con ou est-ce qu’il n’en a rien à foutre ? Les deux, c’est probable. Tout en marchant, tout ceci m’a semblé très décevant. Pas cette anecdote en elle-même — en elle-même, cette anecdote n’a rien de véritablement passionnant —, non, la malédiction dont je suis victime. Une malédiction comique, force est de le constater, et qui ne m’empêche pas de vivre. On pourrait la résumer ainsi : franchement, j’ai pas de bol, t’y as vu. Ce qui ne tirerait de larmes à personne, pas même au plus émotif d’entre nous, mais déclencherait plus probablement une franche hilarité. Tu vois, Jérôme, le problème, c’est que les gens ne voient pas le comique des situations. Ils font les choses avec un sérieux terrible. Ils s’assoient à une table, devant d’autres gens, décrivent des frigos à haute voix, et appellent ça une performance. Moi, je ne peux pas m’empêcher de rire. Parce que tout ce sérieux, et toute la bêtise qu’elle présuppose, et toute la bêtise qu’elle implique, tout ça, on ne peut tout de même pas le prendre au sérieux.

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