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4.7.19

J’avais commencé par me dire que j’allais parler d’autre chose, d’une patronne d’édition qui dit à une femme de 60 ans son employée qu’elle vient de licencier, que c’est formidable parce qu’elle recouvre sa liberté, mais non. D’abord parce que c’est une illustration tellement grossière du problème du mal, qu’on pourrait la prendre pour une caricature, ou pire, se dire que je l’ai inventée tout simplement. Et puis, surtout, parce que c’est débile. Et que la méchanceté alliée à la bêtise ressemble trop à mon époque, c’est-à-dire donc à moi, comme si on n’allait plus vivre désormais que plongé dans ce mélange de méchanceté et de débilité, que la majorité ne voit pas parce que tout le monde est occupé à regarder ailleurs quelque chose qui n’existe pas — une vessie qui passe pour une lanterne ou quelque chose qu’on dirait qui brille —, et que ne restent que deux minorités, qui le voient toutes deux, mais l’une en est responsable et l’exploite à outrance (c’est formidable à 60 ans de perdre son travail, une vie de chômage et de petite retraite t’attend désormais) et l’autre — eh bien, l’autre, c’est moi, et je parle tout seul comme un con dans le désert d’intelligence que j’habite. Même pas une tour d’ivoire, note-le, qui peut encore se payer un tel luxe ? Non même pas, une bibliothèque dans le désert, un bureau perdu au milieu d’une terre ravagée par de malins crétins, une terre que, bientôt, plus personne ne pourra habiter, mais on nous dira sans doute alors, c’est formidable, vous êtes libres maintenant, que vous n’avez plus nulle part où vivre. C’est ce que j’avais commencé à écrire dans mon journal, mais je n’en ai pas eu envie. Mais, me suis-je dit ensuite, qu’est-ce que je vais écrire alors ? Et ça, le problème, c’est que ça, je ne le savais pas. Que je cours, traduis, lis, perds du poids, vis plutôt bien, malgré tout, malgré la solitude qui est la mienne. Oui, c’est vrai, mais je ne suis pas si seul que ça, ce n’est pas vrai, mais quand même, je ne vois pas grand-chose. Est-ce que c’est un mal ? Non, je ne crois pas. Après tout, si personne n’a envie de me parler, il y a peut-être une raison. La même que celle pour laquelle je n’ai envie de parler à personne ? Est-ce que je n’ai envie de parler à personne ? Non. Je ne crois pas. Alors quoi ? Oh, je ne sais pas, je ne sais pas. J’aurais pu écrire que je cherche une idée que je ne trouve pas. Et il y a si longtemps que ça dure, cette histoire de recherche qui ne donne rien. Et je me demande maintenant : ne devrais-je pas cesser de chercher une idée ? Mais qu’est-ce que je pourrais bien mettre à la place ? Et à cette question, je n’ai pas trouvé la réponse. Feldman dit que ce n’est pas l’idée qui va permettre à ta pièce de tenir. Je veux bien le croire, mais quoi ? Je n’ai pas encore trouvé quoi. Et si j’arrêtais de chercher ?

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