15.7.19

Les gens sont comme ils sont, et je n’ai pas envie de les changer, en fait, j’aimerais qu’ils ne soient pas comme ils sont, mais si c’est possible, il y a infiniment peu de chances que cela se produise, d’abord parce qu’il n’y a pas d’efficace rétroactive de la réalité et puis parce que ces gens que je voudrais différents de ce qu’ils sont — enfin, que je voudrais, n’exagérons rien, dont je me dis plutôt que ce serait mieux s’ils n’étaient pas comme ils sont —, eh bien, ils sont très contents d’être comme ils sont, ils sont très contents d’eux, tu les vois, avec leurs grands sourires, d’ailleurs, ça ne trompe pas, les grands sourires. Oh mais ne te méprends pas, non non non, je n’ai pas envie qu’ils arrêtent de sourire, à vrai dire, je n’ai envie de rien du tout, les concernant, qu’ils restent comme ils sont, et moi, cependant qu’ils resteront comme ils sont, je ne serai plus comme j’étais. Je me suis trouvé face à un dilemme tout à l’heure. J’avais passé une bonne partie de l’après-midi à regarderSherlock — regarder, je ne le dis pas par snobisme, je suis snob, très probablement, de plus en plus, je le sens, je le pressens, mais je ne suis pas con, regarder, c’est un bien grand mot, disons qu’il y avait Sherlock sur l’écran et que, dans la même pièce où se trouvait l’écran, je me trouvais moi aussi, en face de l’écran — sur Netflix, et après m’être abruti comme ça un laps de temps assez long, trop long diraient d’aucuns, enfin, non, juste moi, les d’aucuns ne disent rien, les d’aucuns sont des salauds, je me suis dit qu’il fallait que je change quelque chose, ou bien faire quelque chose ou bien ne rien faire du tout, on fait difficilement plus radical comme dilemme, ou bien sacrifier quelque chose ou bien m’abandonner définitivement à une existence petite-bourgeoise. Rien que ça. J’y ai pensé. J’ai cessé d’y penser. J’y ai pensé encore. Et puis, après être allé chercher Daphné chez son grand-père, je me suis mis à écrire. Encore. Toujours. Mais dans cette intention de sacrifier quelque chose. Quelque chose qui fait pencher ma vie vers une vie petite-bourgeoise. Dis de la sorte, oui, je sais, cela peut paraître abscons, mais ne l’est pas du tout en fait. Le quoi, c’est parce que je ne le dis pas que ce que je dis paraît abscons, le quoi importe moins que le comment. Il faut avoir le sens du sacrifice. Mais pas pourquelque chose d’autre que soi, quelque chose de plus grand que soi (nation, famille, et caetera, tu connais la chanson), non, sacrifier quelque chose de soi, sacrifier quelque choseà soi-même. S’offrir en sacrifice. Si je ne dis pas quoi, c’est que le quoi importe moins que le comment, je l’ai déjà dit, mais surtout que le quoi ne paraîtra pleinement compréhensible qu’à celui-là même qui le sacrifie. Les autres n’y entendront rien. Et non, je n’écris pas pour que tu y comprennes quelque chose. Si tu ne comprends pas cela, c’est que le petit-bourgeois, dans l’histoire, c’est toi.

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