comment 1

19.7.19

Jusqu’à quel point peut-on comprendre autrui ? Question qui peut s’entendre aussi : Jusqu’à quel point faut-il comprendre autrui ? Dans l’Idiot, le prince Mychkine comprend mieux les autres qu’ils ne se comprennent eux-mêmes, et ce sont les autres par suite qui ne le comprennent pas parce qu’ils ne se comprennent pas eux-mêmes comme lui-même les comprend, eux. Qui comprend autrui, lui pardonne. Lui pardonne tout. Lui pardonne peut-être trop ? N’y a-t-il pas, au cœur de cette compréhension d’autrui, un fond platonico-socratique d’après lequel nul n’est méchant volontairement et celui qui fait du mal à autrui, fait le mal, se fait surtout et avant tout du mal à lui-même. N’est-ce pas ce que ne cesse d’affirmer le prince dans l’Idiot — c’est celui qui offense qui est le plus offensé, celui qui fait du mal qui souffre le plus, celui qui s’avilit qu’il faut aimer le plus ? Pour le sauver. Quelque part à l’autre bout du spectre, un nietzschéen qui nierait qu’il faille avoir pitié du faible, qu’il ne faut sauver personne, qu’il ne faut sauver personne de personne, personne de soi-même, professerait un anti-platonisme sévère — il n’y a que l’individu face à son destin, seul, isolé même, qui doit se débrouiller tout seul avec ses propres mésaventures métaphysiques. Comme si l’on n’avait jamais besoin de quelqu’un qui écarte une mèche sur le fond de l’enfant que nous avons été et sommes encore et nous dise tout va bien, tout ira bien, ne t’inquiète pas, je suis là, tu n’as rien à craindre. Évidemment, que je crains quelque chose, je crains même tout, peut-être, l’ouverture d’une métaphysique cruelle, les péchés que rien n’absout parce qu’ils sont commis envers soi-même, la bêtise, la violence, l’indifférence, la médiocrité. Oh, la médiocrité ! Il faut en finir avec la métaphysique. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? On peut se débarrasser d’un certain nombre de concepts superflus, d’entités excédentaires, de bagages trop lourds dans la perspective de voyager léger, prendre congé de l’être, aimer le destin, en fait, on peut tout faire, mais alors quoi ? Souffre-t-on moins ? Que ce serait bien. On souffre plus, c’est probable. Souffrance nécessaire, assurément. Mais tout ce dont on aura fait l’économie reviendra tel un projectile meurtrier. De tout cela, il fallait s’en débarrasser, mais personne n’a dit qu’on n’était plus en danger. La couche de gras qui enveloppe l’obèse métaphysique lui donne l’illusion d’être protégé. Quand celui qui d’astreint à un régime strict, mais salutaire, s’expose radicalement. Comprend-on jamais autrui ? Forse che sì forse che no dit le labyrinthe. Auquel la vie est semblable. Croire comprendre, s’engager dans une direction, et s’apercevoir qu’on fait fausse route. Ou alors, effet de miroir du dédale, que c’est autrui qui erre. Errer sur une route dont nul ne sait où elle va ni même si elle va quelque part. Pourquoi pensons-nous ? Pourquoi pensons-nous que nous pensons ? Pourquoi nous demandons-nous pourquoi nous pensons que nous pensons ? Pourquoi nous demandons-nous pourquoi nous pensons ? Nous ne tombons pas pieds et poings liés dans les labyrinthes. Ce sont nous qui les fabriquons, les labyrinthes, en parlant. Mais le pire est à venir, toujours, — comment en sortir ?

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