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26.7.19

Dehors, il peut. Un merle sautille dans le jardin, picore la terre adoucie par la pluie qui tombe par intermittence depuis ce matin. J’allais écrire quelque chose à propos de l’époque dans laquelle nous vivons et puis non — je n’en ai pas eu envie. Moins par manque de force que par manque de force : ce n’est pas moi qui manque de force, qui n’aurais pas l’énergie d’aborder tel ou tel sujet dont, pourtant, tous les experts autoproclamés, les gourous télévisés, les monarques égocentrés et autres dictateurs en devenir s’accordent à dire que c’est de cela — impérativement — qu’il faut parler, que cet impératif lui-même qui manque de force, de puissance, parce que c’est l’impératif d’une époque qui a les yeux rivés sur elle-même, qui est obsédée par elle-même, ne voit ni n’entend ni ne sent rien d’autre qu’elle-même. Même quand ils se font peur, les gens s’admirent, se trouvent en avance sur leur temps, quand même ils sont en retard sur leur temps puisqu’ils sont de leur temps. Mais ce ne sont ni l’avance ni le retard ni l’à temps qui importent, en vérité, c’est de se sentir jeune. Pire que le fascisme, le nazisme, le totalitarisme, le racisme, notre époque abhorre tout ce qui n’est pas jeune. Je ne dis rien d’original (il ne manquerait plus que ça). Mais la jeunesse — réelle ou fantasmée — n’est pas un argument, c’est un âge. Or, un âge est déjà en retard sur son temps. Il est né. Tout le monde est en retard sur son temps. Il n’y a pas d’esprit qui voie plus loin que le bout de son nez. Tout le monde est fasciné par le bout de son nez, que celui-ci ait la forme d’un phallus, d’un utérus, d’un accélérateur à particules ou d’un jardin en permaculture. Et puis quoi ? Je ne cesse de me contredire, parlant finalement de ce dont je ne voulais mot dire. Comment faire comprendre quelque chose à quelqu’un ? Je ne sais pas. Tous les moyens employés (la peur, la coercition, l’argumentation, etc.) me semblent inappropriés. Il faut parler de ce dont on a envie de parler, quitte à parler tout seul, prophétiser dans le désert (où trouve-t-on les prophètes, sinon dans le désert ?), laisser le reste aux autres, qu’ils s’excitent, qu’ils s’entretuent, qu’ils s’admirent, cela m’est bien égal. Pendant que j’écrivais, mon merle s’est envolé.

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