27.7.19

Quand on imagine une chose, se la représente, y pense, fait je ne sais quoi avec, pourquoi ne s’imagine-t-on pas dans le même temps son contraire ? Voilà qui ferait gagner du temps, on n’aurait pas nécessairement à argumenter, à faire voir l’infini champ des possibles qui s’offre à nous quand on pense à quelque chose. Pas seulement le contraire d’une chose, mais une autre chose quasi en tous points identique, infinies variations infimes qui se succèdent les unes aux autres pour produire une étendue à considérer les yeux ouverts, les yeux fermés, comme on veut, à considérer parce que l’existence, loin d’une ligne droite qui va d’un point à un autre, du début à la fin, comme dans un mauvais roman, dont on commencerait par écrire le début et puis la fin, est toute en circonvolutions, spirales, labyrinthes, pentes et descentes et puis descentes et puis pentes, vent de face ou dans le dos, tours détours, circonlocutions qui tournent toujours autour d’un axe, d’un centre qu’on essaie de décentrer, d’un ego qu’on voudrait un peu moins enflé, un peu plus honnête, un point autour duquel s’enrouler, se dérouler, déplier, déployer, employer les ressources du langage, faire couler les sources de l’écriture, etc. ad inf. Quand on imagine une chose, ne ferait-on pas tout aussi bien de ne pas l’imaginer, d’en imaginer une autre qui soit dépourvue de tout rapport avec elle, mais cela existe-t-il seulement une chose qui soit dépourvue de tout rapport avec une autre, tout ne se tient-il pas, même de loin, même par des fils qu’on ne croirait pas, labyrinthes qui te donnent le vertige, perdre l’équilibre, te perdre tout court, mais c’est pour ton bien, c’est pour le meilleur, si tu savais d’emblée où tu allais, tu passerais ta vie à bâiller, déjà que vivre est d’un ennui terrible, si encore tout était écrit, le début et puis la fin, avant les autres tomes entre les deux extrémités, autant commencer par se suicider ? À quoi bon écrire un livre écrit d’avance ? À quoi bon vivre une vie vécue d’avance ?

Coup de téléphone. Coup de théâtre. Coup de chaud. Coup du sort. Coup pour coup.

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