30.7.19

Tous les soirs, à peu près à la même heure, un chien se met à pleurer. Je ne sais pas où il se trouve, je dirais sur la gauche, quand je regarde par la fenêtre qui donne sur la rue, il me semble qu’il se trouve par là-bas. Au début, la toute première fois que je l’ai entendu gémir, j’ai eu peur que ce soit Daphné qui pleure ou appelle. Immédiatement, je me suis aperçu que ce n’était pas sa voix et que, de toute façon, elle ne pleurait ni n’appelait de cette façon, j’ai pensé un instant peut-être que c’était un autre enfant qui se plaignait, mais très vite, il est apparu clairement que c’était un chien. Je crois que tant qu’un doute subsistait sur l’identité de l’entité qui gémissait de la sorte, ces plaintes étaient déchirantes, ou pouvaient l’être, mais depuis que je sais avec certitude (auditive) que c’est un chien, les gémissements sont moins déchirants qu’agaçants. Pourtant, tous les soirs, à peu près à la même heure, quand j’entends ce chien qui pleure, je ressens quelque chose de triste, ou plutôt : je perçois une tristesse. La tristesse étant un concept humain, l’appliquer à un chien, c’est pécher par anthropomorphisme, mais c’est quelque chose que je ressens, moi, sa tristesse à lui, qui n’est peut-être pas la sienne, en réalité. Je n’en sais rien. Beaucoup de choses se passent par les oreilles en ce moment. J’ai écrit un texte cet après-midi à propos d’une expérience auditive que j’ai faite une nuit il y a quelques jours de cela, expérience qui est liée, elle aussi, à la rue, à ce qu’il s’y passe. Là où je vis, à Marseille, il n’y a que peu d’expériences auditives liées à la rue. Ce n’est pas tout à fait exact. Il y a des bruits, des sons qui proviennent de la rue, oui, mais comme je réside au sixième étage, ils viennent de loin, et la rue n’est pas une rue de ville, c’est presque une rue de périphérie (à supposer que ce mot possède un sens à Marseille). Or, ici, à Illiers-Combray, un seul étage à peine me sépare du niveau du sol extérieur. La rue n’est pas une rue très passante, ce qui, dans une ville comme Illiers-Combray, en dit long, mais il y a quand même des voitures qui la traversent fréquemment, des gens qui passent, une boulangerie (qui malheureusement a fermé, réduisant la fréquentation de la rue), les gens ont des jardins, il ne se passe rien, à vrai dire, mais il se passe toujours quelque chose, à vrai dire. En ce moment, j’écris sur un bureau qui se trouve à côté du lit dans la chambre où nous dormons, Nelly et moi. Ce n’est pas vraiment un bureau, c’est une planche posée sur des tréteaux, qui fonctionne comme un bureau. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler. Je suis face au mur, la fenêtre (ouverte, nous sommes en été) se trouve à ma droite, ce qui fait que j’entends plus que je ne vois. Quand je lève la tête, je ne vois qu’un mur, là où, à Marseille, je vois un paysage. J’entends ici : les cloches de l’église, un carillon de jardin, des gens qui parlent, des voitures qui passent, des chiens qui aboient. Je viens de me poser la question, sans y répondre : je ne sais pas si c’est mieux de voir un paysage à son bureau ou de l’entendre, tout ce que je sais, c’est que c’est différent, et que cette différence, je la trouve intéressante. En tout cas, j’en fais quelque chose.

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