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31.7.19

Tout à l’heure, lors de ma séance de gainage quotidienne, je n’ai pas eu de révélation. Pourtant, j’étais allé courir, comme tous les jours, j’avais transpiré, et continuais de transpirer le nez à quelques centimètres du sol, mais trop près, probablement, pour un être humain normalement constitué. Mais qui peut encore prétendre être un être humain normalement constitué ? Je n’ai pas eu de révélation, mais j’ai repensé à cet étrange tableau de Zurbarán que j’avais vu en début d’après-midi, tableau qui représente sainte Lucie, martyre qui finit par s’arracher les yeux pour les envoyer à son fiancé. Sanglant spectacle. Sur ce tableau, Lucie a les yeux clos, la tête orientée vers un plateau qu’elle tient dans sa main droite, côté spectateur, et sur lequel ses yeux sont posés. Si elle avait encore des yeux, dans la position où elle est, Lucie regarderait le plateau. Mais commet ses yeux y sont posés, elle ne les voit pas. En revanche, ses yeux fixent le spectateur. Si Lucie pouvait voir, ce qu’elle verrait, c’est qui la regarde, elle. Cette étrange, cruelle et impossible boucle, j’y pense depuis tout à l’heure. Je pense à ces yeux, réalistes et irréels, parce que ce ne sont pas des yeux morts, mais des yeux au regard intense, qui fixent celui qui fixe. Qui l’interrogent, peut-être. Qui l’observent, sans doute. Comment peut-on regarder quelque chose comme ça ? Sauf la légende, sauf la martyrologie, ce qui reste n’a aucun sens pour nous. Et pourtant, cette scène a trop de sens. On peut lui donner tellement de sens. J’ai photographié ces yeux en gros plan. Je viens de les regarder. Mais je préfère fermer les yeux. Quand je ferme les yeux, je vois ces yeux qui me regardent. Doublement impossible que de tels yeux me regardent : comment des yeux morts pourraient-ils regarder ? comment des yeux peints pourraient-ils regarder ? Peint est-il synonyme de mort ? Peut-être. Je ferme les yeux et je vois ces deux yeux peints et morts qui me regardent. Ils m’observent. Je voudrais que les paupières les ferment enfin, mais elles sont restées sur le visage de la sainte. Imagine surtout des yeux qui verraient sans paupières, qui verraient toujours. Je ferme les yeux et je vois ces yeux qui voient et me regardent, et j’imagine des yeux sans paupières qui verraient toujours. Ce n’est pas le martyre de sainte Lucie. La légende raconte que la vierge Marie les lui rendit. Est-ce le nôtre ?

Histoire sicilienne, Lucie, de Syracuse, vénérait sainte Agathe, de Catane, à qui on arracha les seins. Zurbarán a aussi peint cette sainte, seins sur un plateau.

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