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1.8.19

Les paysages lointains ne sont pas ceux que l’on s’imagine. Ici, entre la Beauce et le Perche, champs partout à l’entour, brûlés par le soleil qui ne brille plus tellement ces derniers jours, plaine de blé, je sens l’ailleurs, pas la proximité, le loin, très loin, une sorte d’inconnu qui ne menace pas, au contraire, accueille, apaise, baume de pays. Je cours entre les champs, croise des ruches, des tracteurs, quelques marcheurs, rares, trop rares, cerné de routes qui me semblent tourner en rond, s’enrouler autour d’un point qui se déplacerait à la vitesse de l’automobile, rouler jusques au bois, sentir l’odeur de la pluie sur la terre, regarder les chevaux s’abriter, les vaches qui ne s’abritent pas. Peut-on parler du regard d’une vache ? Je ne sais pas. Oui, c’est possible, après tout, on peut parler de tout. Alors, pourquoi pas ? Si je devais en parler, qu’est-ce que j’en dirais ? Qu’il est quelque chose d’étranger, lui aussi, mais pas au sobre voyageur que je suis, étranger au langage. Je ne connais rien de plus étranger au langage que le regard d’une vache. J’en ai regardé une dans les yeux, hier, dans le Perche. Elle était là et, pourtant, c’est ce que je me dis à présent, repensant à son regard, elle n’était pas là. Les vaches ont une présence impossible, massive, imposante, lourdement là, où cependant elles ne sont pas, d’où elles s’échappent, avec cet air incommunicable dans les yeux, parce qu’à côté du langage, juste à côté tout près, une chaleur qui ne signifie rien, qui ne peut rien signifier.

En face de la maison que nous avons louée pour l’été, il y a maison qui vient d’être vendue. Très belle. Une grille avec un portail, cinq mètres avant cinq marches en pyramide. Porte d’entrée. Deux fenêtres de chaque côté, mur en briques. Cinq fenêtres au premier étage, mur blanc. Deux fenêtres au toit en tuile, deux cheminées de part et d’autre de celui-ci, une lucarne tout en haut. Symétrie. Je ne vois pas grand-chose, de là où je me trouve, de l’intérieur de la maison, que des cartons qui n’ont pas encore été déballés. Bien sûr que non, je ne pourrais pas vivre ici, mais c’est un endroit où l’on peut vivre, une maison comme celle-là, je pense.

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