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4.8.19

Deux semaines sans alcool : dans mon esprit, j’ai remplacé l’alcool par de l’eau gazeuse, ce qui ne veut rien dire ou tout dire, à vrai dire, je ne sais pas. Dans les Frères Karamazov (j’avance lentement, mais c’est ainsi, petits pas de l’été), hier soir, j’ai lu ces pages, c’est le starets Zosime qui parle, ses propos étant relatés par Alexéi, où il dit : « Hélas ! ne croyez pas à cette union des hommes. Concevant la liberté comme l’accroissement des besoins et leur prompte satisfaction, ils altèrent leur nature, car ils font naître en eux une foule de désirs insensés, d’habitudes et d’imaginations absurdes. Ils ne vivent que pour s’envier mutuellement, pour la sensualité et l’ostentation. Donner des dîners, voyager, posséder des équipages, des grades, des valets, passe pour une nécessité à laquelle on sacrifier jusqu’à sa vie, son honneur et l’amour de l’humanité, on se tuera même, faute de pouvoir la satisfaire. Il en est de même chez ceux qui ne sont pas riches ; quant aux pauvres, l’inassouvissement des besoins et l’envie sont pour le moment noyés dans l’ivresse. Mais, bientôt, au lieu de vin, ils s’enivreront de sang, c’est le but vers lequel on les mène. Dites-moi si un tel homme est libre. Un “champion de l’idée” me racontait un jour qu’étant en prison on le priva de tabac et que cette privation lui fut si pénible qu’il faillit trahir son “idée” pour en obtenir. Or, cet individu prétendait “lutter pour l’humanité”. De quoi peut-il être capable ? Tout au plus d’un effort momentané, qu’il ne soutiendra pas longtemps. » On ne critique jamais les mœurs qu’au nom de mœurs supérieures. On ne fait jamais son autocritique qu’au nom d’une morale personnelle supérieure. On ne se déprécie jamais qu’au nom d’une version meilleure de soi. Comment deviendras-tu meilleur si tu ne consens pas à l’effort, si tu n’as pas le courage d’y consentir ? Le plus difficile pour celui qui a du talent, par exemple, c’est de ne pas céder à ce talent, de ne pas s’y complaire, de faire mieux, autre chose, différemment. Ne pas se reposer. On trouve un style, un ton, un rythme, et on fait et refait toujours la même chose. Alors qu’il faut chercher ailleurs — toujours. Et tant pis si tu te retrouves tout seul ; la solitude à laquelle tu t’abandonnes en préférant un mode de vie inférieure, parmi les autres, est plus difficile à supporter encore. Ne pas boire, courir, écrire tous les jours, ce journal et puis le reste. Ascèse, oui, en un sens, mais sans négation de la vie, plutôt son exaltation, discipline de soi pour un soi meilleur, recherche des conditions d’une existence supérieure. Ce genre de choses, en tout cas.

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