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12.8.19

À distance de l’existence. — Ne crois pas que tu sois à distance de l’existence. Ce sont les sentiments qui peuvent donner l’impression qu’il y a une distance entre soi et l’existence, distance qu’il faudrait abolir. Mais si tu étais un organisme de pures perceptions, sans sentiments, simple être sentant, une amibe sensorielle, tu ne serais pas plus proche de l’existence. Je cueille une framboise, je la mange, elle est bonne, je ne suis pas plus prêt, plu proche de l’existence alors qu’en essayant de me souvenir de cette phrase d’Antonioni (était-ce une phrase d’Antonioni ou une phrase sur Antonioni ?) où il cite Wittgenstein que j’ai entendue avant de m’endormir et que j’ai peut-être rêvée. Pourquoi est-ce si difficile de concevoir l’existence comme un continuum entre les perceptions les plus simples (le goût de la framboise) et les pensées les plus complexes (une phrase d’Antonioni citant Wittgenstein) ? Pourquoi faudrait-il abolir la pensée pour revenir à quelque chose de plus pur, de plus simple, de plus vrai ? Comment croire en la présence ? Et, surtout, comment croire en une moins présence qui serait la pensée ? Tout à l’heure dans le parc du château, j’ai voulu m’assoir sur un banc, mais il pleuvait, et puis Daphné était juchée sur mes épaules. Nous avons marché jusqu’au jardin potager où nous nous sommes abrités dans la cabane du jardinier. Nous avons attendu que la pluie diminue un peu, et puis nous avons fait le tour du jardin. Nous avons cueilli des framboises (la maîtresse de maison ayant dit à Daphné qu’elle pouvait en manger, même si c’était la fin (des framboises)) que nous avons ensuite mangés. Et puis, comme la pluie redoublait, nous nous sommes dépêchés de retourner à la voiture pour nous mettre à l’abri, nous réchauffer. Les êtres n’ont-ils pas toujours vécu ainsi ? Depuis la cabane du jardinier, j’avais regardé le ciel, le jardin, mes pieds, l’intérieur de la cabane du jardinier, qui n’avait pas de secret, n’était rien d’autre que ce qu’elle était, une cabane de jardinier. Si je pense que l’existence est autre chose que cela — plus que cela ou moins que cela —, d’où est-ce que je tire cette idée ? De l’existence elle-même ? Sauf que l’existence est tautologique : elle est comme elle est. Ce qui ne l’est pas, est contradictoire, au contraire, c’est tout ce que je peux lui reprocher, d’être trop ou pas assez. Je ne me souviens pas de cette phrase d’Antonioni où il parle de Wittgenstein — qu’est-ce qu’il en dit déjà ? Je me souviens des films d’Antonioni que je n’ai pas regardés jusqu’au bout, pas par ennui, non, question de croyance en la présence, peut-être, je ne sais pas, est-ce que je suis moins présent au monde quand je regarde un film que quand je n’en regarde pas ? La vie n’est pas un film, mais il y a des films dans la vie.

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