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11.8.19

Dans le parc du château qui n’ouvre que trois heures dans la journée chaque dimanche, d’émouvantes statues de pierre, plantées dans le jardin, des nymphes aux drapés lapidaires, des bacchantes délicates, et puis une sphynge, aussi, qu’on dirait un pastel de La Tour, si dix-huitième, souriant monstre énigmatique aux seins qui pigeonnent, le visage rejeté en arrière, qui regarde loin derrière, se détourne peut-être, rongée par les lichens, taches jaunes sur le corps de pierre, la détruisent et la rendent encore plus parfaite, à ce qu’il me semble. On se croirait hors du temps, et pourtant on se trompe ; la télévision est venue ici, filmer, classer les villages par ordre de beauté. À qui a-t-on demandé d’évaluer leur beauté ? Eh bien, aux gens qui regardent la télévision, bien sûr. Tout cercle est vicieux, autophage, mais c’est comme ça, tu sais, il ne faut pas y penser. C’est entendu, mais n’est-ce pas aussi paradoxal de devoir oublier le monde pour jouir du monde ? Si tu penses au monde, il te dégoûte, si tu ne fais que le sentir, occultant tout ce qui de lui te répugne, tu peux l’apprécier, un peu, un peu mieux, de temps en temps. Le prix à payer pour quelques instants de beauté, c’est cette illusion : il faut tronquer la réalité, la découper en parcelles, et accepter de fermer les yeux sur un certain nombre d’entre elles, pour apprécier un instant. Rires gras de touristes roumains, grosse voiture immatriculée 92, vieux gens dedans, vieux gens dehors, vieux gens partout. Est-ce tout ce qu’il me reste ? Quand je regarde les quelques photographies que j’ai prises, pourtant, du petit moment que nous avons passé dans le parc de ce château, je n’ai pas l’impression d’avoir été victime d’une illusion, j’ai empli mes poumons d’un certain air, que tout le monde respire, comment faire autrement ? et j’ai eu un certain nombre d’imaginations, j’ai passé un peu de temps comme cela, c’était bien, mais ce n’était rien. Le ciel était beau, bleu et nuages, sur le fond duquel se détachaient ces formes de pierre. Je regardais tout ça, l’ensemble, un fragment tombé de l’univers derrière les verres de mes lunettes de soleil. Et puis, j’ai pris Daphné sur mes épaules, nous avons parlé du puits, des gens qu’on jette dans les puits, ou quelque chose comme ça. Et plus rien n’avait d’importance. Rien n’a d’importance, que cette vie que je vis et ce que j’écris.

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