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3.9.19

Migraine hier — éclair de lumière violente à l’horizon, à l’endroit où se rencontrent le ciel et la mer, taches devant les yeux, l’aura on appelle ça, je crois, et puis mal de tête jusque dans la soirée, moins intense que la première fois, cependant, sommeil lourd ensuite, après avoir lu dans un état quasi second une quarantaine de pages de la Guerre et la paix (magnifique), je m’endors en écoutant le dernier album de Loscil, au casque, j’en garde le souvenir d’un son qui revient en boucles sur le fond d’un drone sourd, se déplace dans l’espace sonore, de la droite vers la gauche en passant par la nuque et puis de la gauche à la droite en passant par le front, comme une métamorphose électronique d’un objet qui tomberait, heurterait le sol, rebondirait un certain nombre de fois puis trouverait le repos, objet dont on aurait enregistré le mouvement et que l’on aurait traduit en son, engourdi au réveil. Migraine hier, et puis ce matin, face aux spécialistes de l’indignation, de la dénonciation, de l’éloge passable, de la médiocrité partout, amateurs de l’admiration ajournée, lecteurs compulsifs, jouisseurs poussifs, révolutionnaires tussifs, de la médiocrité partout, mieux vaut se cacher sous un drap la tête lourde pleine de mots pleine de sons pleine de soleil plutôt que de supporter cela. Mais quand tu l’expliques, qui essaie de comprendre, y a-t-il seulement quelqu’un qui essaie de comprendre ? Tout ce flux de langage et d’image mélangés, cet écoulement perpétuel d’informations qui ne veulent rien dire, strictement rien, que tu ne peux pas retenir ou alors que des bribes, jamais que des bribes, la vitesse infinie de ces signes digitaux qui te bombardent constamment au point de te détruire en tant qu’entité, de te réduire à un tout petit zéro, minuscule, presque plus d’air à l’intérieur de moins en moins zéro de plus en plus point, te diluer dans le courant perpétuel de l’information qui passe, dissoudre ton identité. La migraine de la veille avait le mérite d’alanguir la durée, de ralentir le temps à l’abri de la lumière, caché derrière les volets pour échapper au jour, les gestes plus lents imposent une concentration plus grande. Pendant ce temps, les gens devaient continuer de vivre, de parler, de s’indigner, de dénoncer, d’aduler, d’éjaculer, je ne sais pas quoi, moi, c’est incompréhensible, je n’ai plus rien envie de comprendre du tout, plus rien du tout. Ce matin, péniblement, j’ai relu la traduction en cours, et puis, alors qu’il faisait trop chaud pour, je suis allé courir, un peu moins péniblement, de moins en moins péniblement, j’ai lu Vasari dans l’après-midi, lentement, en ne comprenant quasi pas, agli artefici del disegno, et je sens encore la masse de ma tête qui pèse, lourde comme si elle ne m’appartenait pas vraiment. Il me semble que ce n’est qu’une impression. L’est-elle vraiment ?

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