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8.9.19

Est-ce que le fait d’avoir des idées nihilistes te rend plus ou moins heureux que de n’en avoir pas ? J’ai écrit un quatrain parfaitement nihiliste il y a quelques jours dans mon carnet et, en y pensant, à l’instant, tous ces jours plus tard, je me suis demandé : si je ne l’avais pas écrit — c’est-à-dire : si je n’avais pas pensé ces pensées — est-ce que j’aurais été plus ou moins heureux ? Et de combien ? Plus ou moins heureux d’un quatrain ? Combien cela fait un quatrain converti en bonheur ? Comment mesure-t-on le bonheur ? On ne le peut pas. Évidemment pas, tout le monde le sait, ça. On ne peut pas mesurer le bonheur, et peut-être que c’est vrai, mais comment se fait-il alors que j’aie dit à Nelly, en revenant de la boulangerie, à la fin de la matinée, que plus je voyais d’autres gens qu’elle et plus je l’aimais, elle, que, peut-être à force de ne voir qu’elle, je l’aimais moins, c’était une façon de parler, moins l’aimer, mais qu’en voyant des gens qui ne sont pas elle, je l’aimais plus, elle ? Je pourrais m’objecter à moi-même : oui, mais plus et moins, encore une fois et en l’occurrence, ce ne sont jamais que des façons de parler, oui, d’accord, mais y a-t-il autre chose que des façons de parler, et puis le fait que ce soit ma façon de parler à moi, cela ne dit-il pas quelque chose à propos de ce que je ressens, moi, en ce moment, au moment où je dis ce que je dis, au moment où je le pense ? Ma façon de parler, c’est ma façon de penser. Oui, c’est possible, mais est-ce que ça veut dire quelque chose ? ça ne veut pas dire grand-chose, je parle toujours tout seul, même quand je crois parler à quelqu’un, parfois quand j’écris, je m’imagine que je parle à quelqu’un qui n’est pas là, quelqu’un que je n’ai pas vu depuis longtemps, ces derniers temps, quand j’écris, je m’imagine que je parle à Pierre, que je n’ai pas vu depuis longtemps, ou bien alors je pense à lui en écrivant, il est quelque part, il plane, il est dans l’atmosphère, c’est vrai, rien ne veut dire grand-chose, et ça, par exemple, c’est une pensée nihiliste. Est-ce que je suis plus heureux ou moins heureux maintenant après que j’ai eu cette pensée nihiliste ? Comment savoir ? Je pourrais devenir de plus en plus malheureux, mais très lentement, et ne jamais m’apercevoir que je deviens plus malheureux quand je deviens plus malheureux, au moment où je deviens plus malheureux, devenir malheureux insensiblement, et devoir attendre longtemps, devoir attendre un certaine quantité de malheur en plus ou de bonheur en moins pour m’apercevoir que je suis devenu plus malheureux, non, vraiment, cela ne veut rien dire du tout.

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