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26.10.19

Comment naît un sentiment esthétique ? Qu’est-ce qui le cause ? Pourquoi ceci plutôt que cela ? Pourquoi cela m’émeut-il aux larmes quand cela me laisse froid ? Pourquoi puis-je passer des heures à regarder ceci alors que mon regard passe indifférent sur cela ? Si j’ai un sens esthétique, d’où vient-il ? J’entends : celui-ci exactement qui est le mien. Je ne cherche pas une théorie générale des sentiments esthétiques — qui ne sera jamais qu’une approximation grossière —, je ne cherche rien, sans doute, je me demande : comment se fait-il que je sente ce que je sens ? Et qu’est-ce qui me plonge dans un état d’anesthésie ? Une réaction à l’excessive stimulation, un répit des sens, une envie de ne plus rien sentir du tout pour être enfin tranquille, une fatigue générale, un affaiblissement global, un manque de vitalité ? Donc, moins : qu’est-ce qui cause mon sentiment esthétique ? que : qu’est-ce qui l’anesthésie ? Je pensais dire : c’est le monde, que c’est la faute de tout ce bruit, de tous ces gens qui parlent bougent respirent tout le temps, mais moi aussi je parle bouge respire tout le temps. Parler non, ce n’est pas vrai, les meilleures phrases me viennent la bouche fermée, comme dans cette église, del Gesù Nuovo, que je n’aime pas trop.

Qu’est-ce qu’une ville ? Des bâtiments, des monuments ? Une atmosphère ? Qu’est-ce qu’une ville ? Pas des choses, pas leur somme ni leur ensemble ; de l’air.

Mater Salvatoris.

Comment, devant ce qui devrait ou pourrait le provoquer, un sentiment esthétique ne naît-il pas ?

Si tu attends une émotion, si tu t’attends à avoir une émotion, et qu’elle ne vient pas, y a-t-il quelque chose que tu ne fais pas comme il faut, est-ce que tu en demandes trop, est-ce que tu prends (comme on dit) tes rêves pour des réalités, est-ce que (dès lors) il ne valait pas mieux continuer de rêver ? Faut-il parfois ne pas venir, ne pas aller quelque part, ne pas partir ? Sauf que tu ne peux savoir qu’en allant, partant, venant. Tu ne peux pas faire l’économie de la déception. N’est-ce pas une affirmation terrible, terrifiante ? Tu ne peux pas faire l’économie de l’absence d’émotion. Ce qui est une façon de dire : tu ne peux pas faire l’économie de vivre.

Où sont les émotions ? Dans les choses ? dans celui qui regarde les choses, dans l’air entre les choses et celui qui les regarde ? Mais de quoi est-il fait, cet air ?

À la terrasse d’Intra Moiena, est-ce une femme qui a l’air d’un homme, un homme qui a l’air d’une femme ? Quand passe un avion dans le ciel, je lève les yeux et vois un oiseau.

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