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1.11.19

Il y a une fille sur internet qui a l’air si triste que j’ai de la peine pour elle. Je pourrais faire quelque chose mais je ne le peux pas. C’est beau et terrifiant, ce paradoxe. Comme une ZTL dans une petite ville en Italie. Orvieto. On ne sait pas, si on l’a franchie, ou pas. Il faut attendre des mois, parfois. Parfois, rien ne vient. Mais a-t-on assez attendu ? Cet été, aussi, je me le demandais : est-ce que je me suis fait flasher ? Et puis, à la fin (de l’attente de l’été), j’ai reçu un courrier me disant que, n’ayant pas commis d’infractions depuis plus de six mois, en conformité avec le code de la route, je récupérais l’intégralité des points sur mon permis. Alors qu’en fait, tous les radars avaient été détruits. Et moi, j’avais roulé trop vite. Sans arrêt. Ce soir, en rentrant depuis Naples en France, une fois tombée la nuit, la voix qui dit les informations à la radio expliquait docte que le gouvernement allait déployer sur le territoire quelque 1200 radars tourelles, phalloi logoi érigés vers le ciel, des radars antivandales, antivitesse, antiexcès, des radars pour lutter contre l’insécurité routière. Est-ce que ces radars vont aider la fille triste sur internet ? C’est triste, les filles tristes. Avant, j’aimais les filles tristes. J’avais envie de les aider. J’ai aidé des filles tristes. Et il m’est arrivé ce qu’il arrive à tous les garçons qui aident des filles tristes. Les filles tristes quittent les garçons qui aident les filles tristes quand elles ne sont plus tristes. Et je me suis retrouvé seul. Comme dans un mauvais poème. Versifié. Avant d’écrire ces phrases, je ne sais pas pourquoi, j’ai repensé à la fois où j’aurais dû partir à Venise pour mes études, mais où j’étais resté à Marseille parce que ma mère était malade, et qu’elle allait mourir. Je suis resté à Marseille au lieu de partir à Venise pour mes études, et ma mère est morte quand même. C’est ce à quoi je pensais dans la voiture en rentrant de Naples. Peut-être parce que je rentrais d’Italie sans y être jamais vraiment allé. À la philosophie. À celui que je tenais pour mon maître, Jean-Pierre Cometti, qui m’avait proposé d’aller en Italie, et qui est mort. À ma mère, Colette Blanc, pour qui j’étais resté à Marseille, et qui est morte. On se dit qu’on va aider les gens, mais on n’aide personne. Il n’y a personne à aider. Les gens vivent. Les gens meurent. C’est tout. Pourquoi est-ce que je pense à tout ça ? Je ne sais pas. J’ai passé la plus grande partie de la journée à conduire. À penser à des choses et puis à rien. La route n’absorbe pas la pensée. La route ne libère pas la pensée. La route est simplement plus ou moins longue. C’est tout. On perd son temps ici ou ailleurs. Quelle différence ? Si j’étais allé étudier à Venise, quelle aurait été ma vie ? Est-ce que tu te rends compte du nombre de mauvaises questions que tu peux te poser ? Est-ce que tu rends compte que c’est précisément le genre de questions qu’il ne faut surtout pas se poser ? Les questions n’ont pas de réponses. Est-ce que tu crois le contraire ? La fille triste sur internet, ce n’est pas moi qui vais la sauver. Moi-même, je n’ai pas pu me sauver. Personne ne se sauve. Échouer ou réussir, quand on a tout raté, cela finit par se ressembler. Les gens pleurent sur Twitter. Et il n’y a personne pour les écouter.

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