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30.10.19

Pas de fait esthétique remarquable aujourd’hui. Pas une journée pour rien non plus, mais peut-être un peu, je ne sais pas. Ce matin quand je suis sorti dans la rue, j’ai eu l’impression que Naples était plus calme que d’habitude. J’ai demandé à Nelly si c’était un jour férié, mais non, m’a-t-elle dit. Est-ce que je commencerais à m’habituer à la ville, alors que nous partons demain pour Orvieto où nous passerons la nuit ? Je ne crois pas. La ville m’a semblé vraiment plus calme, c’est tout. Et un peu décevant. Ce qui, à supposer que ce soit une idée, est une idée étrange : peut-on reprocher à une ville de nous décevoir ? Je me suis déjà posé cette question, non ? Disons que je n’ai eu ni choc ni révélation esthétiques. La ville était là, comme depuis des milliers d’années, et moi j’étais dedans, mais je ne me suis pas dit à un moment ou un autre : Tiens, je pourrais vivre ici, ce qui est le test décisif pour savoir si j’aime une ville ou non. Aimer ou non, bien sûr, les choses sont toujours plus compliquées, il y a des aspects qu’on aime et d’autres moins, voire pas du tout, mais cet endroit ne possède par une force transformative pour moi, il n’est pas un lieu de métamorphose, comme ont pu l’être Vienne ou Rome. En fait, durant tout le séjour, il y avait comme un murmure au fond de toutes les expériences que je faisais, qui me disait que je serais mieux ailleurs, que je devrais retourner à Florence. Pourquoi pas ? Avant, je disais que je n’aimais pas Florence — quand j’aimais Rome plus que toute autre ville au monde — et à présent, j’ai envie d’y retourner. Ces discussions sur les villes ne sont pas superflues, elles touchent à quelque chose de très important, à une question décisive : Où vivre ? Question à laquelle, bien souvent, il me semble que je ne puis répondre que nulle part, parce que je ne sais pas où, parce que je ne me sens nulle part vraiment chez moi, mon identité ne me semblant pas géolocalisée ou, du moins, pas unilocalisée, pas ancrée à un endroit et un seul, mais diffuse, dispersée de par le monde, un peu partout en Europe, en tout cas. Je ne me sens pas Français, par exemple, cela ne veut rien dire pour moi. J’écris en français, c’est bien assez. Je n’aime pas Paris, mais je ne me sens pas Marseillais, quand même j’y vis. Je me sens plutôt comme une entité diverse, que les villes dispersent, où je me sentirais bien vivre. La seule façon que j’aurais d’être heureux, ce serait dans une translation constante ou quasi (parce qu’il faut bien atterrir de temps à autre), d’un endroit à l’autre, dans des langues différentes. Tant et si bien que je dois bien admettre, comme malgré moi-même, mini palinodie, que même les expériences décevantes sont importantes, ont une signification, disent quelque chose de la façon de vivre, disent quelque chose de la façon dont j’aime à vivre. Comment dire ? Je ne sais pas : un sédentaire éparpillé, dispersé, disséminé ? Un oxymore, résolument. Résolument ici et ailleurs. Il y a d’autres façons de vivre, mais elles sont lourdes. Non ? Moi, je trouve. C’est l’héritage des gens déplacés, émigrés, exilés. Piémontais francisés, Pieds-Noirs expatriés, Corses continentalisés. Moi qui suis né dans une ville où je n’ai jamais vécu. Nous sommes toujours en train de nous translater, toujours en train de nous traduire, dialecte impossible à fixer, peuple incapable de s’installer.

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