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15.11.19

On en dit, on en fait trop autour du « processus créatif » alors qu’en fait il n’y a probablement pas de processus du tout, quelque chose de passe, mais quoi ? qui peut le dire ? est-ce seulement quelque chose de défini ? quelque chose se passe-t-il vraiment ? on se dit que oui, pour se convaincre qu’on en est responsable, mais est-ce si certain ? On en dit trop, on en fait trop, alors que je ne suis pas responsable du langage. Le langage me précède, il ne m’appartient pas, ce n’est pas quelque chose que je fais, j’en fais usage, je parle, j’écris des phrases, mais je n’y suis sans doute pas pour grand-chose. Ce qu’on invente, au regard de ce qu’on hérite, est immense. Ce qui ne signifie pas qu’il faille se convaincre, dans une sorte de défaitisme à la mode, qu’on ne fait rien du tout, qu’il n’y a plus que des collages à faire, revisiter des genres, déconstruire les codes du genre (alors qu’on vient de se les imposer, ces codes), mais il faut savoir moins expliquer que décrire. Moins surjouer, surcharger, que simplifier. Pas pour aller à l’essentiel, comme je l’ai noté hier, parce qu’il n’y a pas d’essentiel, mais pour se soulager de toute la part manquée de l’héritage qui pèse sur soi. Si le langage me précède, puis-je pour autant l’accepter en bloc, ne pas en rejeter certaines formes, certains usages, et ce que l’on fait de ces usages ? Moins expliquer que décrire. Décrire, (d)écrire, écrire. J’avais envie d’écrire, comme hier, sur ce que je suis en train de faire, sur ce que je suis en train d’écrire, mais j’ai préféré y renoncer. Pour les raisons que je viens d’évoquer, mais aussi pour d’autres, plus étranges, moins rationnelles d’apparence, comme si écrire sur, c’était ne pas laisser intact. Tu me diras, on ne laisse jamais rien intact, mais ce n’est pas en ce sens que je l’entends. Je veux dire plutôt, alléger. Tout est si lourd, tu ne trouves pas ? Moi, oui. Impression de vivre une version obèse des années 70, tu sais, quand Pasolini pouvait dire sans que personne n’éclate de rire Non c’è nulla che non sia politico. Il n’y a rien qui ne soit politique. Aujourd’hui, on cherche le non-politique comme une denrée rare, ce qui est ridicule, tant ce qui se prétend politique est ridicule, numéros maladroits, livres mal écrits, produits trop bien vendus, vies pas assez bien vécues. On attend des gens célèbres qu’ils se chargent pour nous de nos vies, et quand ils le font, nous les acclamons, et quand ils le font, nous les détestons. Quand j’écris mes proses qui ne parlent pas du tout de cela, j’écris des proses qui disent tout cela. Pour y échapper. Inventer autre chose. Vivre.

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