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27.11.19

Il y a ceux qui aiment les œufs terreux directement sortis du cul de la poule et ceux qui les préfèrent immaculés avec la date limite d’utilisation optimale imprimée dessus, il y a ceux qui n’aiment pas les œufs parce que c’est dégoutant et ceux qui les adorent mais n’en mangent parce que c’est barbare de manger des animaux, j’imagine qu’il y en a beaucoup d’autres encore mais à vrai dire je n’ai pensé qu’à ces quatre catégories-là, je pourrais en envisager plus, tu me diras, ce qui ne m’avancerait probablement à rien. Alors. Ces quatre catégories-là non plus, tu me diras aussi, elles ne m’avancent à rien. C’est vrai. Mais qui décide quand ta pensée cesse de penser ? Comment se fait-il que certains jours tu ne sois absolument bon à rien et que certains autres jours tu fasses tout ce que tu dois faire dans une continuité telle que tout s’exécute sans même que tu aies vraiment à y penser, comme si un plan secret se déroulait dont tu étais l’instrument, sauf que le plan secret, c’est toi-même qui l’as élaboré, mais tu l’as oublié, ou alors tu te tiens dans un recoin de ta propre pensée, à l’ombre de toi-même, et veilles au bon déroulement des opérations sans te faire remarquer parce que, si tu faisais remarquer, tout risquerait de dérailler. Comment se fait-il que certains jours soient comme cela tandis que d’autres pas ? Est-ce un mystère ou un phénomène documenté dont j’ignore tout ? Ce matin, je me suis levé, j’ai pris mon petit-déjeuner après avoir préparé celui de Daphné, je me suis un peu énervé tout seul, j’ai dit au revoir à Nelly qui partait à Paris, j’ai conduit Daphné à son club de sport, j’ai relu la traduction de Feldman pendant plusieurs heures, corrigé un nombre incroyable de choses qui étaient encore à corriger, écrit dans mon « carnet secret », suis allé courir, suis rentré à la maison, me suis lavé, ai déjeuné sans même prendre le temps de m’asseoir, ai continué d’écrire (pour ce faire, en revanche, je prends le temps de m’asseoir) dans l’autre carnet pas secret qui sert de carnet de notes en vue du livre que je suis en train d’élaborer, ai lu quelques proses de Walser, suis allé acheter du pain, suis allé chercher Daphné à son club de sport, suis rentré à la maison, suis en train d’écrire la page du jour de mon journal. Comment se fait-il que certains jours rien ne déraille ? Tu es présent à toi-même et absent de toi-même. C’est un sentiment très étrange, la clarté dans les idées. On pense avoir les idées claires, mais la plupart du temps, on ne les a pas, elles sont sombres, les idées, on les distingue à peine. Quand tu as les idées claires, c’est étonnant, c’est un peu comme si tu ne les voyais pas, les idées, un peu comme si c’était elles qui te voyaient, et qu’elles te disaient quoi faire, quoi dire, quoi penser. Est-ce un indice qui doit nous mettre sur la voie des idées ? Que nous ne voyons pas les idées, que ce ne sont pas des choses qu’on voit, mais des directions, des indications, des manières d’ordre secret. Que le modèle perceptif des idées est erroné, qu’elles sont de l’ordre du mécanisme. Enfin, du mécanisme, non, c’est inexact, ce n’est pas une histoire de machine. Qu’elles sont de l’ordre de l’organisme : la pensée n’est pas la perception d’idées, mais l’organisation de l’organisme à des fins déterminées ou indéterminées. Comme se faire cuire des œufs sur le plat.

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