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28.11.19

Je crois avoir circonscrit l’étendue du problème. La voici : tu ne peux pas aimer les progressistes parce que ce sont des abrutis et tu ne peux pas aimer les réactionnaires parce que ce sont des abrutis. Or, comme tout ce que les progressistes et les réactionnaires veulent c’est que tu choisisses ton camp pour que cette lutte absurde qui seule justifie leurs existences continue éternellement, et que toi tu affirmes que choisir son camp, c’est être un imbécile, eh bien, personne ne t’écoute. Tu parles tout seul dans le vent. Qui aujourd’hui s’est mis à souffler, et fort, qui plus est. L’étendue du problème de quoi ? tu me demanderas. L’étendue du problème de l’époque, je te répondrai. Époque qui ne veut surtout pas penser, mais hurler, chacun voulant faire le plus de du bruit possible de tout son être parce que c’est là, pour nous, la seule façon connue d’exister. Nous applaudissons et nous huons à chacune des prises de position de quelque figurine pixélisée célèbre (c’est-à-dire que nous passons notre temps à cela, applaudir et huer, parce que nulle figurine ne la ferme jamais). C’est tout ce que nous sommes capables de faire. Te rends-tu compte au moins de notre faiblesse ? Te rends-tu compte au moins de notre infirmité ? Sans doute pas, sinon tu ne parlerais pas. En pressant de simples et immatériels boutons, quant à moi, je masque des pans entiers de la réalité. C’est d’une évidente lâcheté, mais que puis-je faire ? Il est impossible de lutter tant la tâche est immense. À la taille de l’époque vécue, à la taille du monde connu. Alors qu’il faut me concentrer sinon je ne ferai jamais rien (tant pis si c’est secret, ou tant mieux, est-ce que je sais ?). L’autre jour, c’était le matin, j’ai dit à Nelly que le problème, ce n’était pas le langage, le langage est très bien comme il est, mais que les gens ne le comprennent pas. Ne comprennent rien. J’en suis convaincu. Tout est tellement de travers. Quand tu dresses la liste des mots-clefs sur lesquels tu es sommé d’avoir une opinion, tu découvres le langage cantonné à un univers si étriqué, replié sur lui-même, fondamentalement triste, sans horizon autre que lui-même et sa petite quotidienneté. Mais quoi, tu n’as pas envie de sauver l’humanité ? Que faire, sinon soupirer ? Si tu n’as pas d’opinions sur ces n mots-clefs (n étant chaque fois un nombre fini renouvelable à l’infini), tu ne fais pas partie de ton temps, tu n’appartiens pas à ton époque, tu es disqualifié. Et tu auras beau soutenir le contraire — que ce sont ceux qui acceptent d’être sommés de prendre position et somment ce faisant les autres d’en faire autant qui sont les fossoyeurs de notre temps —, qui aurait envie de t’écouter ? Quelques énergumènes qui ont eu une semblable idée avant toi. Sauf qu’ils sont morts ou alors il y a bien longtemps qu’ils ont disparu, qu’ils se sont retirés en un lieu secret, là où ils mènent une vie qui n’intéresse personne. Tant mieux, il n’y a rien qu’ils désirent tant que cela, l’indifférence, l’anonymat. La question que pose le problème dès lors : combien de temps vas-tu encore tenir, toi, avant de foutre le camp ?

La première orange de l’année.

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